La Slovaquie a suspendu les essais de caméras de surveillance routière contenant une technologie russe, après que son Autorité nationale de sécurité a identifié de graves vulnérabilités de cybersécurité, ce qui suscite des inquiétudes quant à la possibilité que des équipements liés à un fabricant russe aient pu s’introduire dans des infrastructures critiques de plusieurs pays européens. Les caméras avaient été fournies sous la forme de systèmes NERO R-ONE, associés à la société chypriote Sodasus, tandis que l’enquête a permis de faire remonter la technologie sous-jacente au fabricant russe Simicon. L’avertissement de sécurité slovaque couvre également les systèmes Simicon Cordon et les caméras Cordon fournies par la société croate NEROline. L’Autorité nationale de sécurité slovaque, ou NBÚ, a classé les systèmes concernés comme constituant une « menace cybernétique significative » dans un avis de sécurité publié le 14 août.
L’agence a recensé des risques liés à l’accès et à la gestion à distance, des écarts entre les configurations de communication documentées et celles observées, une provenance incertaine du matériel et des logiciels, ainsi qu’une sécurité logicielle insuffisante. La Slovaquie prévoyait d’acquérir 279 caméras routières, mais seules deux étaient en phase d’essai lorsque les préoccupations de sécurité sont apparues.
Une enquête de la Neue Zürcher Zeitung, relayée par The Insider, a mis au jour des éléments indiquant que les caméras avaient été fabriquées en Russie puis rebaptisées pour le marché européen. Les enquêteurs auraient également découvert un second emplacement pour carte SIM non répertorié, et constaté que les systèmes pouvaient recevoir des commandes par SMS provenant de 12 numéros de téléphone russes. Aucun élément public ne prouve que les services de renseignement russes aient eu accès aux caméras slovaques, ni que l’équipement ait été délibérément conçu à des fins d’espionnage.
Cette découverte a des implications sécuritaires plus larges, le renseignement militaire russe ayant déjà ciblé par le passé des infrastructures de surveillance européennes. Des services de renseignement occidentaux ont indiqué en 2025 que l’unité 26165 du GRU avait compromis des caméras situées notamment à des postes-frontières, des installations militaires et des gares ferroviaires, dans le cadre d’une campagne de renseignement visant des organisations impliquées dans l’acheminement de l’aide étrangère vers l’Ukraine.
Le ministre slovaque de l’Intérieur, Matúš Šutaj Eštok, a confirmé la présence de composants russes et mis fin à la coopération avec le fournisseur Soitron, qui affirme avoir lui-même été trompé sur l’origine de l’équipement. De son côté, le Premier ministre Robert Fico a minimisé l’affaire, faisant valoir que deux caméras ne pouvaient pas menacer la sécurité nationale et que les satellites recueillent déjà bien davantage d’informations. Les autorités slovaques ont également indiqué que les informations issues de l’évaluation de sécurité devraient être partagées avec les partenaires de l’UE, où des systèmes similaires pourraient déjà être en service.
Ces constatations n’établissent pas que les caméras faisaient partie d’une opération de renseignement russe, mais elles mettent en évidence une nouvelle voie potentielle par laquelle une technologie d’origine russe peut s’introduire dans des infrastructures sensibles européennes, malgré la vigilance accrue depuis l’invasion de l’Ukraine par Moscou.


