La Russie a averti jeudi que des moyens militaires britanniques pourraient faire l’objet d’attaques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Ukraine, en réponse aux frappes ukrainiennes menées sur le territoire russe à l’aide de missiles fournis par le Royaume-Uni. Cette menace étend explicitement le dernier avertissement de Moscou aux moyens militaires britanniques situés au-delà du champ de bataille ukrainien, et intervient trois jours après que le Royaume-Uni a renforcé son soutien à la production nationale ukrainienne de missiles.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a formulé cet avertissement, appelant le Royaume-Uni à revenir sur ce qu’elle a qualifié de politique hostile envers la Russie. Elle a déclaré que les actions de Londres risquaient de faire franchir un nouveau seuil au conflit, et a accusé le Royaume-Uni et la France de « jouer avec le feu » en transférant à l’Ukraine des technologies sensibles liées aux missiles, a rapporté Reuters. Zakharova n’a désigné aucune installation précise ni indiqué qu’une attaque était imminente.
Cet avertissement fait suite à la décision prise cette semaine par le Royaume-Uni de donner à l’Ukraine accès aux informations techniques classifiées nécessaires à la mise en place d’un assemblage national des missiles longue portée SCALP. Le SCALP est la version produite en France du Storm Shadow britannique, les deux armes reposant sur une technologie commune franco-britannique. La France a déjà approuvé l’octroi d’une licence sur sa technologie, tandis que le Royaume-Uni a autorisé le fabricant MBDA à divulguer des informations classifiées sur les composants britanniques destinées aux chaînes d’assemblage ukrainiennes. Le premier ministre Andy Burnham a annoncé cette décision lors d’une visite à Kiev à l’occasion du Jour de l’indépendance de l’Ukraine.
Cet arrangement marque une étape plus profonde de l’implication européenne dans l’industrie nationale d’armement de l’Ukraine, en pleine expansion. Plutôt que de dépendre uniquement de missiles finis fournis à partir des stocks européens existants, Kiev acquerrait la capacité d’assembler ces armes sur son propre territoire, ce qui pourrait renforcer, à long terme, sa capacité à frapper des cibles militaires et logistiques russes.
La Russie a eu recours à plusieurs reprises à des menaces d’escalade pour dissuader les gouvernements occidentaux d’accroître leur aide militaire à l’Ukraine. La déclaration de Zakharova accentue cette pression en désignant explicitement des installations et des équipements militaires britanniques situés en dehors de l’Ukraine comme des cibles potentielles, bien qu’aucun élément public n’indique que Moscou prépare une telle attaque.
Une frappe russe directe contre des infrastructures militaires britanniques situées hors d’Ukraine pourrait provoquer une confrontation bien plus grave avec l’Otan, en particulier si elle survenait sur le territoire d’un État membre de l’alliance. Pour l’heure, cet avertissement relève davantage d’un signal coercitif que de la preuve d’une action militaire imminente, mais il montre que Moscou cherche à établir un nouveau seuil de dissuasion, alors que le Royaume-Uni passe de la fourniture d’armes longue portée à une aide à leur fabrication par l’Ukraine elle-même.


