Le sommet de l’OTAN à Ankara a débouché sur une série d’accords de production de missiles destinés à soulager la pression sur les usines américaines et à pousser l’Europe vers une base industrielle de défense plus durable.
Le volet le plus immédiat concerne la défense aérienne. Reuters a rapporté que les États-Unis se rapprochent d’une coproduction européenne du missile AIM-120 AMRAAM de Raytheon et prévoient de créer une installation européenne de maintenance pour l’intercepteur PAC-3 de Lockheed Martin, utilisé dans les systèmes de défense aérienne Patriot. Ces deux missiles sont très demandés en raison du besoin urgent de l’Ukraine de se défendre contre les attaques aériennes russes.
L’initiative AMRAAM implique la Belgique, le Canada, la Finlande, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et le Royaume-Uni, selon Reuters. Le Wall Street Journal a rapporté que Raytheon et ses partenaires de l’OTAN cherchent à qualifier des fournisseurs européens pour des composants clés de l’AMRAAM, élargissant l’empreinte de production du missile en Europe.
Le plan concernant le PAC-3 est pour l’instant plus limité. Reuters a rapporté que l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède participent au projet de maintenance européen avec Lockheed Martin, tandis que la production hors des États-Unis reste à l’étude et n’a pas encore été actée. L’objectif est de réduire les délais de réparation, d’accroître la disponibilité des missiles et de soulager les lignes de production américaines.
Le volet frappe à longue portée progresse simultanément. L’OTAN a annoncé que le Danemark, la France, l’Italie, la Norvège, la Türkiye et le Royaume-Uni avaient lancé à Ankara un projet de capacités de frappe de précision sol-sol à longue portée, destiné à explorer de nouveaux missiles de frappe en profondeur et systèmes de lancement. Par ailleurs, Reuters a rapporté que Lockheed Martin et Rheinmetall avaient signé un mémorandum d’entente pour produire des missiles ATACMS en Allemagne — une première pour ce système de conception américaine fabriqué hors des États-Unis.
Ces accords interviennent alors que l’OTAN cherche à traduire des dépenses de défense accrues en capacités de production réelles. Lors du sommet de La Haye en 2025, les alliés s’étaient engagés à porter les dépenses liées à la défense et à la sécurité à 5 % de leur PIB d’ici à 2035, dont au moins 3,5 % consacrés aux exigences fondamentales de défense. Ankara est l’endroit où cet engagement se confronte aux réalités pratiques : usines, chaînes d’approvisionnement et cadences de production de missiles. L’urgence est visible en Ukraine. Reuters a rapporté que les défenses aériennes ukrainiennes n’ont intercepté aucun des 23 missiles balistiques tirés lors de la dernière grande attaque russe sur Kyiv et la région environnante — montrant pourquoi la production d’intercepteurs n’est plus une question technique d’approvisionnement, mais un test stratégique pour l’Alliance.
Les accords sur les missiles annoncés à Ankara ne comblent pas à eux seuls le déficit de puissance de feu de l’OTAN. Mais ils témoignent d’un glissement des promesses de dépenses vers la géographie de la production : davantage de maintenance en Europe, davantage de travail sur les composants en Europe et davantage de fabrication de missiles à longue portée hors des États-Unis. La question est désormais de savoir si l’OTAN peut progresser suffisamment vite pour une guerre façonnée autant par la cadence de la production que par la manœuvre sur le champ de bataille.


