Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est arrivé cette semaine au Niger en promettant un approfondissement de la coopération militaire avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso — les trois gouvernements militaires qui constituent l’Alliance des États du Sahel (AES). Le calendrier parle de lui-même. Les partenaires les plus proches de Moscou dans la région sont sous pression, et au Mali en particulier, les forces soutenues par la Russie peinent à transformer un engagement militaire accru en gains durables sur le champ de bataille.
Une mission de réassurance, et non de célébration
Les entretiens du 8 juillet à Niamey ont été présentés comme une nouvelle étape d’un partenariat en plein essor. Dans ses remarques liminaires à la réunion ministérielle Russie-AES, Lavrov a salué le resserrement de la coopération avec les trois gouvernements sahéliens, tandis que Moscou et les États de l’AES s’engageaient à renforcer leurs liens militaires et de coopération technique dans le domaine de la défense.
Lavrov a également accusé l’Ukraine et la France de collusion avec ce qu’il a qualifié de groupes terroristes au Sahel — une accusation aux contours flous, pour laquelle aucune preuve publique crédible n’a été avancée. Cette mise en cause détourne l’attention d’une réalité plus difficile : les forces russes peinent à inverser la dégradation de la situation sécuritaire que connaissent leurs alliés.
Ce qui s’est présenté officiellement comme une tournée diplomatique peut également se lire comme une mission de réassurance. Moscou signifiait à trois gouvernements militaires amis que son soutien demeurait indéfectible — précisément au moment où le modèle sécuritaire bâti autour de ces gouvernements était soumis à des tensions croissantes. Voici le texte relu avec attention, corrigé et prêt à publication :
- Cette mise en cause détourne l’attention d’une réalité plus difficile
- les forces russes peinent à inverser la dégradation de la situation sécuritaire que connaissent leurs alliés.
Ce qui s’est présenté officiellement comme une tournée diplomatique peut également se lire comme une mission de réassurance. Moscou signifiait à trois gouvernements militaires amis que son soutien demeurait indéfectible — précisément au moment où le modèle sécuritaire bâti autour de ces gouvernements était soumis à des tensions croissantes.
Anéfis révèle les limites de la puissance de feu russe
L’épreuve la plus éloquente s’est produite dans le nord du Mali. Aux abords de la ville stratégique d’Anéfis, les troupes maliennes et l’Africa Corps russe ont subi des attaques soutenues. Des rebelles touaregs ont affirmé avoir abattu un hélicoptère de combat Mi-24 opéré par des forces russes, tandis qu’un convoi de secours composé de combattants russes et maliens a été pris en embuscade à plusieurs reprises sur la route depuis Gao.
Les forces gouvernementales ont finalement repris la ville, mais à un coût révélateur. La perte d’un hélicoptère ne signifie pas grand-chose dans une guerre conventionnelle. Ici, elle trahit une force étalée sur d’immenses distances, dépendante d’une logistique ténue et vulnérable face à des adversaires capables de choisir où et quand frapper.
Il serait également erroné de traiter les assaillants comme un bloc homogène. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), à direction touarègue, aspire à l’autonomie, tandis que le JNIM, lié à Al-Qaïda, poursuit un projet djihadiste fondamentalement incompatible avec cet objectif. Les deux ne forment pas le même mouvement et ne doivent pas être présentés comme tels. Mais leurs offensives exercent de plus en plus de pression simultanément sur les mêmes lignes gouvernementales fragilisées. Pour Moscou et ses alliés, la tension est cumulative : des ennemis différents, des agendas différents, mais une défense unique et surchargée.
Les combats ne s’arrêtent pas aux frontières du Mali. Le Niger et le Burkina Faso ont apporté leur soutien, notamment un appui aérien signalé à Anéfis. L’Algérie a passé plus d’un an en froid avec Bamako après que son ministère de la Défense a affirmé avoir abattu un drone de reconnaissance armé près de la frontière malienne début avril 2025, l’accusant d’avoir violé l’espace aérien algérien. Le Mali a contesté cette version des faits.
Le résultat est un système conflictuel enchevêtré — et non le récit limpide d’une Russie combattant le terrorisme que Moscou entend promouvoir.
La promesse de souveraineté qui ne tient pas
La Russie a remplacé le réseau mercenaire Wagner par l’Africa Corps, structure étatique, après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023. Elle a ainsi acquis un contrôle accru sur l’opération tout en héritant d’une responsabilité plus grande quant à ses résultats.
Ces résultats résistent à l’étiquette du succès. Un an après, les personnels russes demeurent essentiels pour le gouvernement militaire malien, et pourtant les insurgés continuent de prendre l’initiative, d’attaquer des bases et de contraindre les unités soutenues par la Russie à des batailles défensives coûteuses.
Pour Moscou, le bénéfice n’a jamais été uniquement militaire. Les États de l’AES offrent des alliés diplomatiques, un accès stratégique et un levier contre l’influence occidentale. Pour les juntes, la Russie propose des armes et un soutien politique sans les conditions relatives aux droits de l’homme et à la gouvernance généralement attachées aux partenariats occidentaux.
Cette entente peut survivre aux revers. Ce qu’elle ne peut dissimuler, en revanche, c’est l’écart entre la promesse et les résultats. Le schéma se dessine clairement. Les gouvernements militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso ont rompu brusquement avec la France pour se tourner vers Moscou, tout en promettant souveraineté et sécurité. Pourtant, les insurgés continuent d’imposer leur tempo sur de larges pans du Sahel, les colonnes soutenues par la Russie combattent souvent pour tenir leurs positions plutôt que pour en conquérir de nouvelles, et Moscou se trouve entraîné toujours plus profondément dans le conflit pour simplement maintenir ses alliés à flot.
La Russie ne tient pas les victoires qu’elle promet — au Sahel pas plus qu’ailleurs.


