Les autorités allemandes ont déjoué un complot présumé du renseignement russe visant Stefan Thumann, fondateur du fabricant bavarois de drones Donaustahl, après qu’un partenaire du renseignement étranger eut alerté Berlin en décembre 2025, selon une enquête de Die Zeit. Les enquêteurs affirment que deux suspects — le ressortissant ukrainien Serhii N. et la ressortissante roumaine Alla S. — ont surveillé Thumann, son domicile et le siège de Donaustahl entre décembre 2025 et mars 2026. Ils ont également surveillé le père de Thumann à Starnberg, en Bavière, dans une apparente tentative de localiser le dirigeant après qu’il fut entré dans la clandestinité.
La police allemande avait initialement interpellé Serhii N. en Bavière et saisi ses téléphones portables, avant de le relâcher sans avoir achevé son analyse médico-légale. Il s’est ensuite enfui en Espagne, où il a été de nouveau arrêté en vertu d’un mandat d’arrêt européen. Alla S., décrite par les enquêteurs comme une recrue inexpérimentée plutôt qu’une agente du renseignement formée, a été arrêtée en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le procureur fédéral allemand a inculpé les deux suspects d’avoir agi en tant qu’agents d’un service de renseignement étranger. Le Kremlin et l’ambassade de Russie à Berlin n’ont pas immédiatement réagi à ces accusations.
Donaustahl fabrique des drones de reconnaissance ainsi que la plateforme de munition rôdeuse MAUS, dont le ministère allemand de l’Économie a autorisé l’exportation vers l’unité ukrainienne Kraken en 2024, faisant de cette entreprise un maillon de la chaîne d’approvisionnement industrielle de défense européenne soutenant Kyiv. Cette affaire rappelle un complot survenu en 2024, que des responsables de l’OTAN avaient attribué à une opération visant le PDG de Rheinmetall, Armin Papperger, et intervient quelques jours après que les autorités allemandes eurent enquêté sur un drone chargé d’explosifs découvert près d’un avion-cargo ukrainien Antonov, à l’aéroport de Leipzig/Halle — bien que cet incident n’ait été attribué à aucun acteur étatique.
Pris ensemble, ces deux affaires suggèrent que les services de renseignement russes pourraient s’appuyer de plus en plus sur des intermédiaires non russes, recrutés en ligne, pour mener des opérations de surveillance et autres activités préparatoires. De tels réseaux offrent à Moscou une plus grande capacité de déni plausible, tout en compliquant les expulsions diplomatiques et les mesures de contre-espionnage traditionnellement employées par les gouvernements européens contre les officiers du renseignement russe.
L’enquête se poursuit. Les procureurs n’ont pas rendu publics les éléments qui, selon eux, relient les suspects aux services de renseignement russes, au-delà des chefs d’accusation d’espionnage, et ces allégations n’ont pas encore été soumises à l’épreuve d’un procès.


