La saison des semis se poursuit au Soudan, en pleine guerre, avec un carburant coûteux et des pénuries d’engrais et de semences que ni l’un ni l’autre des belligérants n’a résolues. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait averti, en avril, que les agriculteurs risquaient de manquer la fenêtre de semis sans un soutien urgent, et avait évalué la récolte céréalière de la précédente saison à 5,2 millions de tonnes, soit 22 % de moins qu’en 2024 et 19 % en dessous de la moyenne des cinq dernières années.
Des promesses face à l’échéance des semis
En mai, le gouvernement aligné sur les FAS a fixé un objectif d’environ 25,35 millions de feddans consacrés au sorgho, au mil, à l’arachide, au soja et à d’autres cultures, puis a constitué un portefeuille bancaire dépassant 3 000 milliards de livres soudanaises (SDG), la banque centrale en couvrant 20 %, le reste devant être fourni par les banques commerciales.
La Banque africaine de développement a estimé les réserves de change du Soudan pour 2025 à 1,17 milliard de dollars, soit l’équivalent de 1,1 mois d’importations, tandis que les créances douteuses atteignaient 16,5 % du total des prêts accordés. Ces chiffres soulignent la capacité limitée du gouvernement à convertir son crédit intérieur en carburant, engrais et semences importés.
Un financement régional a débuté à Sennar et à Gedaref, et l’État du Nil Blanc a annoncé des arrangements avec des fournisseurs de carburant, mais aucun bilan national n’existait, au 3 août, quant à la part effectivement parvenue aux agriculteurs, ni quant à la superficie réellement ensemencée. Un accord triennal signé avec la FAO en juillet prévoit un objectif de financement de 616 millions de dollars — des fonds encore à réunir, destinés à des programmes s’étendant jusqu’en 2028, et non des fonds disponibles pour la présente saison.
La guerre divise la carte agricole
Les annonces de financement publiées et examinées pour ce rapport concernent les régions de Gedaref, Sennar et du Nil Blanc, tenues par les FAS. Elles ne fournissent aucun chiffre équivalent de déboursement pour le Darfour ou le Kordofan, où le contrôle territorial est divisé et l’accès bien plus restreint.
Le conflit, ainsi que les restrictions imposées par les deux camps, ont endommagé la production agricole. Des personnes interrogées, citées par le Global Observatory de l’IPI, ont accusé les forces des FSR d’avoir confisqué des machines agricoles, endommagé des vannes d’irrigation et attaqué des agriculteurs préparant leurs terres dans la Gezira et le Kordofan. Des agriculteurs ont, séparément, déclaré à Reuters que des tracteurs avaient été pillés, des ouvriers agricoles recrutés pour combattre, et des communautés entières déplacées. Les autorités alignées sur les FAS ont restreint l’aide humanitaire transfrontalière et transversale aux lignes de front vers les zones tenues par les FSR, selon The New Humanitarian. Près de 19,5 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en mai, concentrées dans les zones où les semis ont été les plus durement touchés.
Une trêve bloquée par des conditions préalables
Un plan proposé en juin, sous médiation américaine, prévoit une trêve humanitaire de 90 jours en amont de pourparlers sur un cessez-le-feu permanent, selon Reuters. Les FAS ont accepté l’essentiel de ce plan, mais exigent le retrait des FSR de toutes les villes qu’elles tiennent — une condition qui a déjà fait échouer de précédentes tentatives. Un responsable des FSR a indiqué à Reuters que le groupe accueillait favorablement cette proposition et avait soumis une réponse écrite, sans en dévoiler les termes.
Cette proposition pourrait affecter la saison des semis si elle permettait d’ouvrir les routes d’approvisionnement et de laisser les agriculteurs accéder à leurs champs. Le compte rendu de Reuters concernant les réponses des parties ne montre toutefois pas que l’un ou l’autre camp ait inclus l’accès agricole ou sa protection dans sa position.
La prochaine récolte du Soudan dépendra en partie de la reprise ou non des livraisons transversales, du recul des pillages et des attaques, et du maintien d’une éventuelle trêve. Les indicateurs les plus clairs seront la superficie effectivement ensemencée, les intrants livrés, et la capacité des récoltes à atteindre les marchés.


