Les États-Unis ont approuvé la vente de 5 250 intercepteurs Patriot et THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) à Bahreïn, au Koweït, au Qatar et aux Émirats arabes unis, a rapporté Reuters le 7 août, Washington reconstituant ainsi les stocks du Golfe, épuisés par cinq mois de guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran. La répartition par pays et le calendrier de livraison demeurent non divulgués.
Cette approbation fait suite à des ventes accélérées, d’un montant de 25,8 milliards de dollars, accordées aux mêmes quatre États ainsi qu’à Israël, que le secrétaire d’État Marco Rubio avait autorisées en mai, dans le cadre d’une dérogation d’urgence à l’examen du Congrès.
Ce chiffre correspond à une approbation, non à une date de livraison. La fabrication d’un seul intercepteur Patriot nécessite entre deux et trois ans, à compter de l’attribution du contrat, selon l’expert en fabrication de défense Jerry McGinn. Une analyse du CSIS, datée du 27 juillet, évaluait les stocks américains actuels de Patriot à moins de 1 000 unités, contre environ 2 330 avant la guerre, et les stocks de THAAD à environ 250, contre 452 auparavant.
Ce goulet d’étranglement est précis. Une annonce du département de la Guerre, le 3 août, a détaillé des accords conclus avec Lockheed Martin et Northrop Grumman, visant à tripler la production de Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3) et à quadrupler celle du THAAD, en établissant une seconde source d’approvisionnement pour les moteurs-fusées à propergol solide du Patriot — jusqu’ici fournis exclusivement par L3Harris —, et en élargissant la production de dispositifs de sécurité d’allumage ainsi que de composants du THAAD. Il s’agit de processus lents, exigeant un usage intensif de matières dangereuses, et non de chaînes pouvant être étendues par simple ajout d’équipes.
Les données économiques aggravent le problème. La campagne iranienne s’est appuyée sur des drones de type Shahed coûtant entre 20 000 et 50 000 dollars pièce, contraignant les défenseurs à dépenser des intercepteurs valant entre 4 et 5 millions de dollars pour les abattre — ce qu’Asia Times a qualifié de « dépense économique totalement déséquilibrée ». Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Koweït ont épuisé une large part de leurs stocks d’avant-guerre selon cette même logique.
Ce déséquilibre pousse les États du Golfe vers une voie parallèle moins coûteuse. Les Émirats arabes unis et le Qatar ont commandé plusieurs milliers de drones intercepteurs à bas coût au fabricant ukrainien TAF Industries, dont le fondateur a indiqué que les acheteurs du Golfe reconnaissent désormais qu’« il ne suffit plus de disposer d’un système antiaérien comme le Patriot », selon le Financial Times. Ce basculement traduit une doctrine de défense en couches, réservant Patriot et THAAD aux menaces les plus critiques, tandis que des drones moins coûteux absorbent le trafic massif d’engins sans pilote — plutôt qu’un remplacement pur et simple.


