La guerre civile au Myanmar entre dans une phase diplomatique prudente, bien que ce basculement demeure très en deçà d’un véritable processus de paix. Ce qui se joue est un test permettant de savoir si l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) parvient à transformer ses contacts renouvelés avec le gouvernement birman, soutenu par l’armée, en un véritable levier d’influence, ou si cet engagement se contente de restaurer la position internationale du gouvernement, sans changement correspondant sur le terrain. La réponse dépendra de la capacité de ces contacts à produire un accès humanitaire, une réduction des attaques contre les civils et une place crédible pour les groupes de résistance à la table des négociations — ou s’ils se contentent, au contraire, de conférer une légitimité renouvelée aux dirigeants militaires du Myanmar, tandis que les combats se poursuivent.
Reuters a rapporté que le Conseil directeur pour l’émergence d’une union démocratique fédérale (SCEF) — une structure de coordination anti-junte liée au Gouvernement d’unité nationale et à plusieurs organisations armées ethniques — a affirmé s’engager en faveur d’un règlement politique. Une déclaration du SCEF citait, parmi ses membres, l’Union nationale karen, des représentants karenni, l’Organisation pour l’indépendance kachin et le Front national chin, tout en soulignant que ses récents contacts avec des responsables thaïlandais et philippins ne constituaient pas des négociations formelles avec l’armée. Min Aung Hlaing, ancien chef de la junte birmane devenu président civil à la suite d’une élection orchestrée par l’armée, n’a pas encore reconnu le SCEF comme partenaire de négociation, selon Reuters.
Cette distinction sur la légitimité importe, dans le contexte du coup d’État de février 2021, qui avait renversé le gouvernement élu dirigé par Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix restée en détention depuis lors. Reuters a rapporté qu’elle avait rencontré ce mois-ci un représentant du Comité international de la Croix-Rouge — un rare cas de contact extérieur, après des années d’inquiétudes concernant son état de santé et son isolement. Cette rencontre n’a fourni aucune indication quant à une éventuelle libération, ni quant à un rôle politique dans l’ouverture actuelle.
La Thaïlande s’est imposée comme le principal médiateur de ce nouveau rapprochement. Reuters a rapporté que Min Aung Hlaing avait reçu, cette semaine à Bangkok, un accueil en grande pompe, la Thaïlande faisant valoir ce qu’elle qualifie de réengagement calibré, alors même que l’ASEAN a exclu les dirigeants du Myanmar de ses sommets, en raison de l’incapacité de l’armée à mettre en œuvre le plan de paix en cinq points adopté par le bloc en 2021. Bangkok présente avant tout le Myanmar comme un problème de sécurité frontalière, de migration et d’économie, et cette démarche pourrait rouvrir des canaux d’accès humanitaire, tout en risquant de conférer une légitimité au régime militaire, avant même qu’une réduction de la violence n’ait été confirmée.
Le dossier de la reddition de comptes n’a pas pour autant reculé. La Cour internationale de justice a tenu des audiences publiques sur le fond, du 12 au 29 janvier 2026, dans le cadre de l’affaire de génocide intentée par la Gambie contre le Myanmar, concernant les Rohingyas, après que la Cour eut rejeté les exceptions préliminaires soulevées par le Myanmar en 2022. Cette procédure suit son propre calendrier juridique, indépendant du calendrier diplomatique de l’ASEAN, plaçant le gouvernement militaire birman face à une épreuve judiciaire des atrocités commises contre les Rohingyas, au moment même où il recherche une réhabilitation régionale.


