Les États-Unis ont retiré leur unique porte-avions déployé en avant dans le Pacifique occidental, privant temporairement la région d’un porte-avions américain pour une durée indéterminée, alors que la guerre contre l’Iran met à rude épreuve la flotte de porte-avions de la Marine. Le retrait de l’USS George Washington illustre la manière dont le conflit avec l’Iran contraint Washington à redéployer des ressources navales limitées entre théâtres concurrents, alors même que la compétition stratégique avec la Chine demeure la priorité à long terme du Pentagone. Des responsables ont décrit cette absence comme temporaire, sans toutefois préciser à quel moment un porte-avions de remplacement arrivera dans la région.
Le George Washington a quitté le Pacifique occidental après avoir effectué une escale et un exercice conjoint de recherche et de sauvetage avec les forces vietnamiennes à Da Nang, plutôt que de partir directement depuis son port d’attache de Yokosuka, au Japon. Le porte-avions, accompagné d’un croiseur et d’un destroyer, a ensuite été repéré franchissant le détroit de Singapour, puis celui de Malacca, la voie navigable reliant les océans Pacifique et Indien, le plaçant sur une trajectoire directe vers le Moyen-Orient. Le Pentagone n’a pas officiellement confirmé ce déploiement, bien qu’un responsable de la Marine ait indiqué à Stars and Stripes que le George Washington devait relever l’USS Abraham Lincoln en mer d’Arabie.
L’Abraham Lincoln est resté en mer presque sans interruption depuis son départ de son port d’attache de San Diego le 21 novembre 2025, ayant été déployé pour soutenir les opérations militaires américaines contre l’Iran et l’élargissement des opérations navales dans le Golfe. Il totalise désormais plus de 260 jours sans escale, l’un des déploiements de porte-avions les plus longs de l’histoire récente de la Marine.
La secrétaire par intérim de la Marine, Hung Cao, a confirmé vendredi que le Lincoln rentrerait au pays une fois son déploiement achevé, qualifiant d’exceptionnelles les performances du porte-avions. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a par ailleurs réfuté les informations selon lesquelles ces déploiements prolongés auraient laissé les équipages insuffisamment soutenus, affirmant que la situation avait été « totalement déformée ».
Ce redéploiement illustre la manière dont des opérations militaires soutenues menées sur un théâtre peuvent directement réduire les forces déployées en avant sur un autre. Le George Washington est l’unique porte-avions de la Marine déployé en permanence à l’avant, basé au Japon et affecté à la 7ᵉ flotte comme symbole de l’engagement américain envers l’Indo-Pacifique, de sorte que son départ prive la région de la présence de porte-avions la plus visible, plutôt que d’une simple alternative parmi plusieurs. Le cas du Lincoln n’est pas isolé. L’USS Gerald R. Ford est rentré au pays à la mi-mai après onze mois de déploiement, le plus long depuis la guerre du Viêtnam, et la durée médiane des déploiements de porte-avions augmente régulièrement depuis 2020, dépassant désormais systématiquement l’objectif de rotation de 210 jours, jusque-là en vigueur entre 2018 et 2022.
Des analystes régionaux en matière de sécurité estiment que Pékin est susceptible de considérer l’absence temporaire d’un porte-avions américain comme une occasion de renforcer la perception d’un basculement de l’équilibre militaire dans le Pacifique occidental. Greg Poling, directeur du programme Asie du Sud-Est au Center for Strategic and International Studies, a déclaré à l’Associated Press que Washington décrit depuis longtemps l’Indo-Pacifique comme son principal théâtre stratégique après l’hémisphère occidental, alors même que les mouvements de forces actuels pointent ailleurs. Bryan Clark, analyste de défense à la Hudson Institute, a déclaré à l’AP que Pékin est susceptible d’utiliser cette absence pour signaler aux Philippines, au Japon et à l’Indonésie que les États-Unis ne sont plus la puissance navale dominante dans le Pacifique occidental. La Chine a d’ores et déjà mené des exercices militaires près du récif de Scarborough, en mer de Chine méridionale, et effectué un exercice de tir réel de destroyer près de l’île d’Okinotorishima, le territoire le plus méridional du Japon — des activités que les responsables régionaux surveillent de près, à la recherche de signes d’une escalade supplémentaire pendant cette période sans porte-avions.
Des responsables américains ont souligné que cette absence devrait rester temporaire, et rappellent que d’importantes forces aériennes, navales et sous-marines américaines demeurent présentes dans la région, quel que soit le porte-avions déployé. Ces assurances n’ont pas empêché la Chine de poursuivre les activités de zone grise décrites plus haut, ce qui souligne l’écart entre le discours officiel évoquant une rotation temporaire et la réalité opérationnelle d’une absence prolongée. La durée pendant laquelle le Pacifique restera sans porte-avions américain dépend désormais moins du calendrier initial de déploiement de la Marine que du temps pendant lequel le George Washington sera nécessaire pour soutenir les opérations au Moyen-Orient — un calendrier qui reste lié à la durée du conflit avec l’Iran plutôt qu’à un quelconque plan de rotation fixe dans le Pacifique.


