La Syrie a fait savoir aux États-Unis qu’elle était disposée à réduire fortement ses importations de pétrole russe, alors que Damas cherche à obtenir sa radiation de la dernière désignation majeure de sanctions américaines qui la vise encore, a rapporté Reuters, citant un responsable américain ainsi que deux autres sources proches des pourparlers. Une telle réduction marquerait un tournant majeur pour un pays devenu dépendant du brut russe, malgré son basculement politique plus large vers l’Occident. Un responsable syrien de l’énergie a indiqué à Reuters que Damas recherchait déjà de nouveaux fournisseurs, et anticipait une mutation « radicale » de son bouquet énergétique.
Cette question ne constitue pas une condition juridique formelle pour le retrait de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme. Mais une source syrienne a indiqué à Reuters que des responsables américains avaient laissé entendre que mettre fin à la dépendance au pétrole russe améliorerait les chances d’un processus plus rapide et plus fluide. Le département d’État a précisé que le président Donald Trump avait informé le Congrès, le 8 juillet, de son intention de révoquer cette désignation syrienne, en vigueur depuis 1979.
Pour Damas, réduire ses importations de pétrole russe pourrait constituer un sacrifice limité, au regard d’un enjeu bien plus vaste : l’accès aux services bancaires, aux investissements et au financement de la reconstruction. La Russie a augmenté ses expéditions de brut vers la Syrie d’environ 75 % cette année, pour atteindre environ 60 000 barils par jour, selon Reuters, après que d’autres fournisseurs sont restés prudents en raison de cette désignation terroriste. Ces volumes demeurent modestes pour Moscou, mais ils ont fait de la Russie le principal fournisseur de brut de la Syrie durant la transition post-Assad.
La question la plus importante demeure celle de l’ancrage russe restant en Syrie. Moscou n’est pas parvenu à préserver le pouvoir de Bachar al-Assad, mais les nouvelles autorités n’ont ni expulsé les forces russes, ni rompu totalement avec la présence russe à Tartous. Reuters a rapporté en juillet, citant des responsables syriens, que la Russie cherchait à transformer l’un des quais de Tartous en pôle logistique commercial, tout en conservant une présence militaire sur un autre — une manière de requalifier un accès militaire en coopération économique. Des responsables portuaires syriens ont publiquement contesté cette version des faits : un porte-parole de l’Autorité générale des ports terrestres et maritimes, Mazen Alloush, a qualifié d’« entièrement fausses » les informations relatives à un pôle commercial géré par la Russie, après la publication de cet article.
Cela rend cette concession pétrolière politiquement utile, mais stratégiquement incomplète. La Syrie peut signaler à Washington que le levier russe demeure négociable, sans pour autant trancher immédiatement l’avenir de Tartous, de Hmeimim ou de la présence militaire russe plus large. Cela pourrait également s’inscrire dans un effort américain de plus long terme, visant à rapprocher la Syrie post-Assad des structures régionales soutenues par l’Occident et le Golfe, mais tout futur volet lié aux Accords d’Abraham constituerait une négociation distincte et bien plus ardue, et non un résultat automatique de cet accord pétrolier.


