L’Allemagne a testé avec succès un missile balistique de fabrication israélienne dans l’Atlantique Nord, ouvrant la voie à l’acquisition par Berlin d’une nouvelle capacité de frappe à longue portée, alors que les armées européennes reconstituent leurs arsenaux pour dissuader la Russie. L’armée allemande a testé avec succès le missile LORA dans la nuit, tirant l’arme depuis une frégate de la marine allemande lors d’un essai jusque-là non révélé. Le vice-amiral Jan Christian Kaack, inspecteur de la marine, a déclaré que les forces allemandes avaient démontré leur capacité à exploiter ce système depuis leurs navires et que sa portée potentielle « dépasse tout ce que nous avons connu jusqu’à présent ». L’Allemagne ne dispose actuellement d’aucun missile balistique dans son propre arsenal.
Le LORA, développé par Israel Aerospace Industries, a une portée de plus de 500 kilomètres. Contrairement aux missiles de croisière allemands, les missiles balistiques se déplacent à des vitesses bien plus élevées selon un profil de vol différent, offrant à Berlin un autre moyen potentiel de frapper des cibles situées loin derrière les lignes d’un adversaire. Le LORA est fourni dans un conteneur de lancement qui permet de le déployer relativement rapidement à bord de navires, bien que l’Allemagne n’ait pas encore confirmé quels bâtiments le porteraient de manière opérationnelle. À la suite de cet essai réussi, la marine allemande a indiqué qu’elle ferait progresser les projets en vue d’une éventuelle acquisition.
Cet essai intervient alors que l’Allemagne tente de combler une lacune de longue date dans sa capacité à frapper des cibles militaires lointaines. Le ministère de la Défense indique que sa capacité émergente de frappe de précision en profondeur repose sur trois axes : l’acquisition de systèmes déjà disponibles sur le marché, le développement de nouvelles armes via l’Approche européenne de frappe à longue portée (ELSA), et la modernisation de l’arsenal Taurus existant de l’Allemagne en Taurus NEO. Le LORA relève du premier de ces axes, offrant à Berlin une capacité qu’elle pourrait potentiellement déployer avant que les autres programmes n’arrivent à maturité.
Les projets à plus long terme sont considérablement plus ambitieux que le LORA. L’Allemagne et la Grande-Bretagne dirigent conjointement un effort ELSA visant à développer des armes dont la portée dépasse 2 000 kilomètres, comprenant des systèmes maritimes et terrestres. Des responsables allemands ont indiqué que ce programme constitue en partie une réponse à l’expansion par la Russie de son propre arsenal à longue portée, y compris le déploiement de missiles Iskander à Kaliningrad.
Le LORA pourrait offrir une capacité supplémentaire pendant que ces systèmes européens sont développés. La principale arme à longue portée dont dispose actuellement l’Allemagne est le missile de croisière Taurus, lancé depuis un aéronef, avec une portée officielle de plus de 500 kilomètres. Les forces allemandes disposent d’environ 600 missiles Taurus, tandis que la production d’un Taurus NEO amélioré doit débuter en 2029. La nouvelle version devrait offrir une portée accrue et une meilleure résistance aux brouillages électroniques, selon Reuters.
L’essai du missile est également intervenu quelques heures après que Berlin a formellement accusé la Russie d’être responsable d’une tentative d’attaque de drone contre l’aéroport de Leipzig/Halle le mois dernier. Les autorités allemandes ont indiqué que les enquêtes policières et les conclusions du renseignement montraient que les personnes impliquées dans l’opération avaient agi pour le compte d’organismes d’État russes. Moscou dément toute responsabilité, et les responsables allemands n’ont pas établi de lien opérationnel direct entre l’incident du drone et le calendrier de l’essai du LORA.
Ces deux développements illustrent néanmoins l’évolution plus large de la politique de défense allemande depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Berlin et d’autres gouvernements européens investissent de plus en plus dans une puissance de feu à longue portée, en complément de la défense aérienne et antimissile, les dirigeants européens ayant convenu cette année d’accélérer le développement conjoint et l’acquisition de capacités de frappe de précision en profondeur. Des responsables allemands ont présenté ce renforcement comme s’inscrivant dans un effort plus large visant à renforcer la dissuasion face à la Russie.
Si l’Allemagne finit par acheter le LORA, elle ajouterait une arme balistique à un ensemble croissant de missiles de croisière et de futurs systèmes européens à longue portée. L’essai mené dans l’Atlantique Nord offre un premier aperçu d’une armée allemande de plus en plus conçue pour défendre son propre territoire tout en étant capable de menacer des cibles militaires lointaines, dans le cadre de la dissuasion conventionnelle de l’OTAN face à la Russie.


