Le président russe Vladimir Poutine a nommé Denis Liamine à la tête des nouvelles Forces des systèmes sans pilote russes, et a réaffecté les officiers supérieurs dirigeant la guerre en Ukraine — un remaniement qui traduit moins la confiance qu’une adaptation, après des années d’hypothèses erronées misant sur une victoire rapide. Liamine était auparavant chef d’état-major du groupement Centre, la formation que Poutine lui-même avait qualifiée d’élément central de l’offensive russe visant à s’emparer du reste de la région de Donetsk. Poutine a qualifié ces changements de simple « ajustement » de la structure militaire, aujourd’hui dans sa cinquième année d’une guerre que la Russie avait engagée en 2022 en pensant la gagner en quelques semaines.
Le remaniement
Le commandant du groupement Centre, Valeri Solodtchouk, a été chargé de superviser l’ensemble de la logistique militaire, tandis qu’Andreï Ivanaïev, précédemment à la tête du groupement Est, le remplace. En langage bureaucratique, il s’agit d’une promotion et d’une rotation ; en termes stratégiques, cela revient à intégrer un commandant de première ligne du front de Donetsk à l’appareil de soutien arrière, chargé de ravitailler, d’armer et de maintenir en condition l’ensemble de la campagne. Poutine place ainsi des survivants du champ de bataille à la tête des systèmes dont la Russie a aujourd’hui le plus besoin : les drones, les lignes d’approvisionnement, et l’offensive enlisée sur Donetsk.
La nomination à la tête des forces de drones est la plus significative. Les drones structurent désormais les assauts, la reconnaissance, l’ajustement des tirs d’artillerie, les frappes en profondeur et les opérations navales dans cette guerre. Reuters a souligné que les deux camps y recourent sur l’ensemble des 1 200 kilomètres du front, en mer, ainsi que contre des cibles arrière telles que les infrastructures énergétiques et les entrepôts. La Russie rattrape son retard plutôt qu’elle n’innove : l’Ukraine a créé ses propres Forces des systèmes sans pilote en premier, et a annoncé le mois dernier un commandement distinct dédié aux frappes à longue distance. La démarche de Moscou constitue un aveu : la guerre des drones est devenue suffisamment permanente pour nécessiter sa propre hiérarchie.
Le schéma de commandement
Aucun des hommes ainsi promus n’est un outsider venu redresser le système — c’est cette même guerre, qui avait pourtant révélé ses premiers échecs, qui les a formés. Il convient de le préciser avec prudence : aucun élément public ne relie Liamine ou Ivanaïev à des crimes de guerre spécifiques, et le profil public de Solodtchouk demeure celui d’un commandant de longue date de la guerre en Ukraine, non celui d’un officier formellement désigné pour une atrocité nommée. Ce sont, en l’état actuel des informations disponibles, des adaptateurs du champ de bataille, non des cas avérés d’atrocités.
Le schéma d’ensemble n’en demeure pas moins clair. Plus tôt cette année, Poutine avait placé le général-colonel Alexandre Tchaïko à la tête des Forces aérospatiales russes. Tchaïko n’a aucun lien avec la nomination de cette semaine sur les drones, mais l’UE l’avait sanctionné en mars, en tant qu’officier russe le plus haut gradé présent sur le terrain en Ukraine au début de l’invasion, et commandant principal lorsque les troupes russes étaient entrées à Boutcha. Dans le système de Poutine, l’échec sur le champ de bataille se gère par une réaffectation ; l’association avec les crimes les plus graves de cette guerre ne bloque pas de manière fiable l’accès à un commandement supérieur. Tchaïko est depuis devenu lui-même une cible : une explosion survenue dans un restaurant moscovite le 1er août, lors de ce que des sources russes ont décrit comme la célébration de son 55ᵉ anniversaire, a fait au moins trois morts et plus de 20 blessés, et une source a indiqué au Kyiv Independent qu’il en était la cible visée ; les autorités russes n’ont pas confirmé si Tchaïko lui-même avait été blessé.
Poutine a explicitement affirmé que le groupement Centre demeurait central dans la prise de l’ensemble de la région de Donetsk, toujours l’un des objectifs fondamentaux de la guerre russe. L’enjeu de cette pression était visible quelques heures avant l’annonce de ce remaniement : un déluge de missiles et de drones russes sur Kyiv a fait 17 morts et 44 blessés dans la nuit, les défenses antiaériennes ukrainiennes n’étant parvenues à intercepter aucun des 24 missiles balistiques tirés. Cette combinaison — pression soutenue sur le front associée à des frappes à longue distance contre des cibles civiles et logistiques — constitue précisément la guerre que ce remaniement vise à soutenir, non à mettre fin. Poutine sanctionne l’échec de la seule manière que son système autorise : non pas en abandonnant la guerre, mais en la réorganisant.


