L’Égypte s’oriente vers un possible troisième achat d’avions de chasse Rafale français, alors que Le Caire prépare la modernisation progressive de l’une des plus grandes flottes de F-16 du Moyen-Orient. L’Égypte a récemment envoyé à Dassault Aviation une demande formelle de proposition, ou RFP, portant sur 24 Rafale supplémentaires, selon La Tribune, qui a publié cette information le 1er septembre. Dassault a refusé de commenter, et ni le gouvernement égyptien ni le gouvernement français n’ont annoncé de nouvelle commande. Une RFP est une demande commerciale et technique préliminaire, et non un contrat signé ou une lettre d’intention ; elle n’engage aucune des deux parties à un achat.
Si l’acquisition se concrétise, l’Égypte porterait sa flotte de Rafale de 54 à 78 appareils, approfondissant une relation de défense avec la France entamée lorsque Le Caire est devenu, en 2015, le premier client étranger de l’appareil. L’Égypte avait d’abord acheté 24 Rafale, avant de signer un second contrat pour 30 appareils supplémentaires en 2021. Dassault avait indiqué, lorsque ce contrat était entré en vigueur, que cette seconde commande porterait la flotte totale de l’Égypte à 54 appareils.
Cette dernière démarche rapportée semble s’inscrire dans une modernisation plus large de la flotte de chasse plutôt que dans une simple augmentation des effectifs. La Tribune indique que l’Égypte exploite encore plus de 200 F-16 sur les quelque 240 appareils acquis, dont des dizaines livrées durant les années 1980 et au début des années 1990. Parmi les appareils les plus anciens figurent 42 chasseurs Block 15 livrés entre 1982 et 1985 et 40 Block 32 livrés entre 1986 et 1988, ce qui crée un besoin de modernisation croissant à mesure que ces cellules vieillissent.
Cela offre à Dassault une opportunité potentiellement bien plus vaste que le seul contrat de 24 appareils proposé. L’Égypte a passé des décennies à constituer une flotte mixte d’avions de combat fournis par plusieurs partenaires étrangers, mais le Rafale est devenu une composante de plus en plus importante de sa capacité de frappe et de combat aérien haut de gamme. Le ministère égyptien de la Défense avait déclaré, lors de la signature du contrat de 30 appareils en 2021, que cet achat visait à renforcer les capacités militaires du pays et à protéger ses intérêts nationaux.
Ce possible achat français intervient également alors que l’Égypte élargit sa coopération aéronautique militaire avec la Chine. Le 22 août, les forces armées égyptiennes ont annoncé le lancement du deuxième exercice aérien conjoint « Aigles de la civilisation » avec la Chine, sur plusieurs bases aériennes égyptiennes. Cet exercice a mobilisé des chasseurs multirôles et une formation portant sur les missions conjointes, la planification et la gestion du combat aérien, tandis que le ministère chinois de la Défense a indiqué que les manœuvres comprenaient des tactiques de combat aérien, des opérations de supériorité aérienne et de la recherche et sauvetage au combat.
Des chasseurs chinois J-16 se sont entraînés aux côtés des Rafale égyptiens de fabrication française lors de cet exercice, soulignant la volonté du Caire de développer simultanément des relations militaires avec plusieurs grandes puissances. Ces manœuvres ne doivent pas être interprétées comme la preuve que l’Égypte a choisi les avions chinois comme alternative au Rafale, mais elles ajoutent une dimension stratégique à la RFP rapportée. Le Caire entretient ses relations de défense établies avec la France et les États-Unis tout en développant simultanément sa coopération militaire avec Pékin.
La Tribune est allée plus loin, décrivant l’activité chinoise entourant cet exercice comme s’inscrivant dans une campagne commerciale visant à promouvoir les avions de combat chinois en Égypte, et affirmant que la communication chinoise cherchait à présenter le J-16 sous un jour favorable face au Rafale. Ces affirmations n’ont pas été confirmées de manière indépendante, et ni le ministère égyptien ni le ministère chinois de la Défense n’ont présenté cet exercice comme une compétition d’acquisition d’avions de chasse. Les déclarations officielles l’ont plutôt décrit comme un effort visant à améliorer l’interopérabilité, à échanger de l’expérience opérationnelle et à renforcer la coopération militaire bilatérale.
La RFP relative au Rafale demeure elle-même une étape précoce du processus d’acquisition. Le Caire cherche à obtenir des conditions techniques et commerciales détaillées de la part de Dassault avant de décider s’il convient de poursuivre, et les informations ultérieures n’ont pas apporté de confirmation officielle indépendante qu’un achat aurait été approuvé. Agefi-Dow Jones a séparément contacté Dassault après la publication de La Tribune et a indiqué que l’entreprise avait de nouveau refusé de commenter.
D’autres indications pourraient apparaître prochainement. La Tribune a évoqué le salon aérien international d’El Alamein, prévu du 8 au 10 septembre, comme un lieu possible pour des signaux concernant les projets de l’Égypte pour sa flotte d’avions de combat. Le Caire devrait disposer de l’ensemble des 54 Rafale issus de ses contrats existants d’ici la fin de 2026.
Avec une part importante de la flotte égyptienne de F-16 datant des années 1980 et 1990, un troisième achat de Rafale pourrait également positionner Dassault pour un besoin de modernisation potentiellement bien plus important dans les années à venir. Dans le même temps, l’expansion des exercices de l’Égypte avec la Chine montre que Le Caire cultive des alternatives et des relations militaires plus larges à mesure qu’il détermine à quoi ressemblera la prochaine génération de son armée de l’air.


