L’Iran a autorisé un certain nombre de pétroliers irakiens à traverser le détroit d’Ormuz après des demandes répétées de Bagdad, offrant un répit limité à l’un des pays les plus exposés aux perturbations du trafic maritime causées par la guerre en Iran. L’agence de presse officielle iranienne IRNA a indiqué que l’obtention d’un passage spécial figurait parmi les principales demandes de Bagdad lors de la visite en Irak, cette semaine, du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a rapporté Reuters. Cette demande souligne à quel point la principale voie d’exportation de l’Irak dépend désormais fortement de l’accès à une voie navigable que l’Iran a de fait fermée au trafic normal.
Le président irakien, Nizar Amedi, a déclaré samedi que l’Iran avait facilité ces derniers jours le passage de navires transportant du pétrole irakien, et que Bagdad avait discuté avec des responsables iraniens des exportations via le détroit d’Ormuz. Il a précisé que la question demeurait complexe. La déclaration ne précisait ni le nombre de pétroliers ayant reçu l’autorisation de passage, ni la durée prévue de cet arrangement.
Cet arrangement met en lumière le levier d’influence acquis par l’Iran sur les économies régionales grâce à la fermeture de fait de l’une des voies énergétiques les plus importantes au monde. L’Irak est particulièrement vulnérable, car l’essentiel de ses exportations de brut part des terminaux du sud, sur le Golfe persique, et doit transiter par le détroit d’Ormuz. L’Irak produisait environ 4 millions de barils de pétrole par jour avant la guerre en Iran, selon Reuters, tandis que le trafic dans le détroit demeure nettement inférieur aux niveaux d’avant-guerre.
L’effort de Bagdad pour obtenir un passage sélectif intervient également alors que le pays cherche à réduire cette dépendance. Le Premier ministre, Ali al-Zaidi, a déclaré vendredi que l’Irak s’emploie à développer ses exportations via le port turc de Ceyhan, tout en explorant des itinéraires vers le port syrien de Baniyas et le port jordanien d’Aqaba. Un projet de nouvel oléoduc traversant la Syrie pourrait nécessiter environ quatre ans de construction et coûter au moins 15 milliards de dollars, a rapporté Reuters.
Pour l’heure, ces alternatives ne peuvent remplacer les terminaux irakiens du Golfe, laissant Bagdad dépendant de négociations avec Téhéran pour acheminer une partie de ses exportations les plus importantes. Le passage spécial accordé cette semaine illustre comment la perturbation du trafic à Ormuz confère à l’Iran un levier d’influence sur les États voisins, alors même que ceux-ci accélèrent leurs efforts pour développer des itinéraires susceptibles, à terme, de contourner le détroit.


