La Cour suprême de Russie a annulé, le 10 août, l’enregistrement de la liste fédérale de candidats du parti Iabloko pour les élections à la Douma d’État du mois prochain, écartant du scrutin national le plus ancien parti libéral de Russie, a rapporté l’AP. Le juge Viatcheslav Kirillov a fait droit à une plainte déposée trois jours plus tôt par le parti nationaliste Rodina. Iabloko a annoncé qu’il ferait appel dans le délai légal de cinq jours, et cette décision ne prendra effet juridiquement qu’à l’issue de cette procédure.
Le parti Rodina, dirigé par le député à la Douma d’État Alexeï Journavliov, accuse les candidats de Iabloko d’avoir reçu des financements étrangers, d’avoir enfreint le droit d’auteur dans leurs supports de campagne et d’avoir fait la promotion de l’extrémisme. La Commission électorale centrale russe a indiqué au tribunal que des données de l’organisme de surveillance financière Rosfinmonitoring révélaient des transferts étrangers vers plusieurs candidats de Iabloko, via des intermédiaires établis aux États-Unis et en Allemagne. Le président de Iabloko, Nikolaï Rybakov, a rejeté ces accusations, déclarant à ses partisans, devant le tribunal, qu’il pouvait constater combien de Russes aspiraient à la paix et à la fin des pertes humaines.
Cette décision prolonge un schéma plus large de pression exercée sur le parti cette année. Selon les propres chiffres de Iabloko, 12 de ses membres font l’objet de poursuites pénales et huit sont détenus, 12 ont été inscrits au registre russe des « agents étrangers », et 14, dont Rybakov lui-même, ont été condamnés pour « exhibition de symboles extrémistes » — une infraction entraînant une interdiction automatique d’un an de se présenter aux élections. L’AP a rapporté, citant l’analyste politique Nikolaï Petrov, que les autorités auraient initialement enregistré la liste de Iabloko afin de démontrer la faiblesse du sentiment anti-guerre, ne l’écartant qu’après que le parti eut suscité plus d’attention que prévu.
Aucun parti n’avait été écarté d’une élection à la Douma depuis 1999. Cette exclusion fait suite au cas de Boris Nadejdine, l’homme politique libéral connu pour sa candidature présidentielle anti-guerre avortée en 2024, qui a quitté la Russie pour Paris le 3 août, après avoir été désigné « agent étranger » et condamné pour exhibition de « symboles extrémistes ». Cette disqualification intervient alors que les responsables russes continuent de rejeter tout cessez-le-feu en Ukraine, sauf aux conditions propres de Moscou. Même la dissidence anti-guerre symbolique se resserre sur le plan intérieur, tandis que le Kremlin maintient des exigences maximalistes à l’étranger.


