La Syrie et la Russie ont signé, le 9 août, un mémorandum d’entente restructurant la présence militaire de Moscou sur la côte méditerranéenne syrienne, selon le ministère syrien des Affaires étrangères, relayé par l’agence de presse officielle SANA. Cet accord fait suite à 18 mois de négociations.
Damas prend le contrôle administratif des sections à usage civil de la base aérienne et de l’installation navale russes. Le reste des infrastructures militaires est requalifié en « centres conjoints de formation et de qualification » — une formulation qui fonctionne comme un mécanisme juridique, dépouillant la Russie de son statut militaire extraterritorial, sans expulsion brutale. Cette transition doit s’achever dans un délai de trois mois. La Russie n’a fait aucun commentaire, et l’ampleur de l’accès opérationnel conservé par son personnel demeure non précisée.
Ces deux sites ancrent la présence russe au Moyen-Orient depuis 2015, servant également de pont logistique pour Moscou vers les opérations de l’Africa Corps en Libye, en République centrafricaine, au Mali et au Soudan. La chute d’Assad, en décembre 2024, avait déclenché un retrait progressif, mais les vols de réapprovisionnement avaient repris courant 2025. Le président par intérim Ahmed al-Charaa s’est rendu deux fois auprès de Poutine depuis son arrivée au pouvoir.
L’Institute for the Study of War a estimé que la perte d’un accès garanti à ces bases affaiblirait particulièrement la capacité de Moscou à projeter sa puissance en Libye et à travers l’Afrique subsaharienne. Le contrôle syrien des douanes civiles et du transit aérien confère un levier supplémentaire sur des fonctions dont dépend le réapprovisionnement russe, s’ajoutant à la fermeture du Bosphore aux navires de guerre russes, décidée par la Turquie en vertu de la convention de Montreux, pour toute la durée de la guerre.
Ce mémorandum a été annoncé le même jour où le ministre syrien des Finances tenait des pourparlers avec un responsable du Trésor américain sur la réintégration de la Syrie au sein du système financier mondial, dans le cadre d’un engagement plus large avec Washington, l’Europe et le Golfe depuis la chute d’Assad, selon SANA. Damas présente cet accord sur les bases comme une simple réorganisation, et non comme une expulsion, affirmant que cette démarche relève de l’affirmation de la souveraineté nationale sur le territoire syrien.
La Russie conserve une présence réduite, mais non éliminée. La Syrie contrôle les infrastructures civiles et acquiert un nouveau levier sur la logistique russe vers l’Afrique. Le compte à rebours de cette transition est enclenché ; Moscou n’a, à ce jour, pas réagi.


