Le Cabinet taïwanais proposera une hausse de 16 % des dépenses de défense pour 2027, portant les dépenses militaires au-delà de 1 100 milliards de dollars taïwanais (31 milliards de dollars américains) — un montant inédit dans l’histoire de l’île, a rapporté dimanche l’agence officielle Central News Agency. Ce budget, qui sera officiellement dévoilé le 20 août, devrait maintenir les dépenses de défense au-dessus de 3 % du PIB, prolongeant ainsi, plutôt qu’en le franchissant pour la première fois, un seuil déjà dépassé par Taïwan en 2026.
Maintenir les dépenses de défense au-dessus de 3 % du PIB revêt une importance stratégique dépassant la simple dissuasion. Cela renforce la réponse de Taipei aux appels répétés des États-Unis, invitant alliés et partenaires à investir plus lourdement dans leur propre sécurité, alors même que le président Lai Ching-te fait face, sur le plan intérieur, à une résistance politique concernant la hausse des dépenses militaires.
Convertir un budget plus élevé en capacité militaire réellement utilisable est toutefois loin d’être automatique. Le retard accumulé par Taïwan dans ses acquisitions d’armements américains s’élevait à environ 29,7 milliards de dollars, selon une évaluation d’avril citant le projet Taiwan Security Monitor de l’université George Mason. Les livraisons se sont élevées, en moyenne, à environ 4 à 5 milliards de dollars par an, tandis que les grands programmes continuent de se heurter à des contraintes de production. Une commande de chars M1A2 Abrams, passée en 2019, a nécessité plus de six ans pour être finalisée, et les chasseurs F-16 commandés la même année demeurent en phase d’essais en vol. Des budgets de défense plus élevés ne se traduisent donc pas automatiquement par une modernisation militaire plus rapide. Les nouvelles acquisitions devront se disputer les mêmes chaînes de production limitées, déjà mobilisées pour honorer des années de commandes accumulées.
Cette proposition doit également franchir le Parlement taïwanais, où l’opposition — le Kuomintang (KMT) et le Parti populaire de Taïwan (TPP) — a déjà, par le passé, réduit les demandes de budget de défense. En mai, les parlementaires avaient approuvé un budget spécial de défense de 780 milliards de nouveaux dollars taïwanais — environ 40 % en dessous des 1 250 milliards demandés par Lai —, supprimant le financement destiné à la production nationale de drones et à l’intégration de la défense antiaérienne. Cet épisode illustre le fait que, même si le consensus politique s’oriente vers des dépenses de défense plus élevées, la taille et la composition finales des budgets militaires demeurent soumises à négociation.
S’il était approuvé dans sa quasi-intégralité, ce budget 2027 renforcerait le basculement progressif de Taïwan, consistant à considérer un niveau élevé de dépenses de défense comme une caractéristique permanente de la politique nationale, plutôt que comme une réponse temporaire à la pression militaire chinoise.


