Le compte à rebours censé mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran a expiré le 17 août, et Washington a marqué ce moment non pas par un accord, mais par une menace visant l’un de ses plus anciens partenaires du Golfe. Le président Donald Trump a averti Oman que les États-Unis « les bombarderaient à mort » si Mascate entravait la réouverture du détroit d’Ormuz, avant de déclarer aux journalistes : « Non, je ne pense pas qu’ils se soient très bien comportés, mais nous les gérerions très facilement », selon Reuters. Cette déclaration est intervenue alors que la fenêtre de 60 jours fixée en juin avait expiré sans accord et que le trafic commercial suivi par satellite dans le détroit s’était presque arrêté.
Le délai expire
L’Iran et les États-Unis ne se sont jamais entendus sur ce que mesurait réellement ce compte à rebours de 60 jours. Reuters a rapporté que le mémorandum de juin proclamait un arrêt complet et durable des opérations militaires, un arrangement qui s’est délité en quelques semaines à mesure que les combats reprenaient autour du détroit. Téhéran a depuis lors soutenu que le document mettait purement et simplement fin à la guerre plutôt que d’ouvrir un compte à rebours vers un cessez-le-feu, tandis que Washington a traité cette échéance comme un objectif de cessez-le-feu désormais manqué. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, l’a dit sans détour : « Nous n’avions pas de cessez-le-feu à prolonger », selon The New Arab.
Trump avait proféré une menace similaire en mai, après des informations faisant état d’une proposition de péage irano-omanaise pour les navires transitant par le détroit. Plusieurs responsables américains ont indiqué à Middle East Eye que Washington restait exaspéré par les critiques publiques d’Oman à l’égard de la guerre et par son refus de désavouer publiquement le projet de péage iranien. Oman n’a pas visiblement modifié sa posture publique malgré cette pression. Ce bras de fer a également contribué à faire grimper les prix du carburant aux États-Unis et pèse politiquement sur Trump à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, a rapporté Reuters.
Trois jours avant de menacer Oman, Trump avait formulé une revendication plus large sur le détroit lui-même. Lors d’un meeting à New York le 14 août, il a affirmé qu’il déclarerait bientôt le détroit d’Ormuz « territoire des États-Unis », citant le blocus naval américain en cours comme preuve que c’était déjà, dans les faits, le cas, selon Al Jazeera. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a qualifié cette affirmation d’« absurde », et des juristes ont souligné qu’une annexion unilatérale d’un détroit international n’a aucun fondement, ni en droit américain ni en droit international, selon un autre article d’Al Jazeera.
Le corridor d’Oman et le blocus iranien
Le différend porte autant sur la géographie que sur la diplomatie. Avec l’Iran, Oman est le seul pays disposant d’eaux territoriales dans le détroit, ce qui confère à Mascate une légitimité juridique que ni Washington ni Téhéran ne peuvent simplement ignorer, selon Middle East Eye. Al-Monitor a rapporté qu’il existe actuellement trois routes à travers le détroit : l’une passant par les eaux territoriales iraniennes, la route d’avant-guerre passant par le milieu, et la route de l’OMI traversant les eaux omanaises au sud, Téhéran et Mascate discutant désormais d’un arrangement distinct pour gérer ce trafic.
Le trafic commercial suivi par satellite dans le détroit s’est presque arrêté au cours du week-end. Reuters a rapporté, citant des données du service de suivi maritime Kpler, que cinq navires marchands avaient transité par le détroit samedi, aucun n’ayant été enregistré dimanche, contre 31 le week-end précédent, tout en précisant que certains navires pourraient échapper à la détection en désactivant leur transpondeur. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a répliqué qu’une moyenne sur sept jours de près de 9 millions de barils par jour quittait toujours le détroit à la mi-août, un chiffre que des analystes indépendants, tel le chercheur pétrolier Rory Johnston, situent plutôt autour de 7 millions, selon CNN Business. L’écart entre ces deux estimations est devenu lui-même un sujet de controverse à Washington, certains sceptiques se demandant si les chiffres de l’administration reflètent les mouvements réels des pétroliers ou des flux pétroliers régionaux plus larges.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé lundi, jour même de l’expiration du délai de 60 jours, que Téhéran et Mascate étaient parvenus à « un accord concernant le tracé de la route de transit », avec un premier volet qui ne prévoirait pas de frais de transit, a indiqué le porte-parole Esmail Baghaei aux journalistes. Baghaei a précisé que l’arrangement devait encore être finalisé sous forme de déclaration conjointe. Cette distinction est importante, car elle sépare la question de la gestion de la navigation dans le détroit de celle, plus sensible, de savoir qui peut en facturer le passage.
Comment la région réagit
Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, s’est imposé comme le critique du Golfe le plus direct à l’égard de l’approche de Washington. Dans une tribune publiée en mars dans The Economist, il a affirmé que « l’Amérique a perdu le contrôle de sa propre politique étrangère », estimant que les alliés de Washington devaient l’aider à se sortir du conflit, selon Middle East Eye. Les autres États du Golfe n’ont pas repris publiquement les termes d’Albusaidi, mais aucun ne s’est non plus démarqué de la position d’Oman.
Rien de tout cela n’a visiblement fait bouger la position publique d’Oman. Mascate a continué de jouer les médiateurs avec Téhéran à chaque menace, et ses responsables n’ont pas formulé la condamnation de l’Iran que réclame Washington. Cette configuration révèle une tension structurelle plus qu’un différend passager : le partenaire dont Washington a besoin pour gérer la désescalade avec l’Iran est précisément celui qu’il ne cesse de menacer de punir.


