Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu mercredi sur l’île d’Itouroup, appelée Etorofu au Japon, effectuant sa première visite sur l’une des îles Kouriles du Sud, contestées, et provoquant une vive protestation diplomatique de Tokyo.
La première ministre japonaise Sanae Takaichi a condamné cette visite dans une allocution télévisée, la qualifiant d’« absolument inacceptable », affirmant qu’elle « blesse les sentiments du peuple japonais » et qu’elle compliquerait considérablement le rétablissement des relations bilatérales. Le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a réaffirmé que ces îles « font partie intégrante du territoire japonais, tant sur le plan historique qu’au regard du droit international », tandis que le ministère japonais des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur russe, Nikolaï Nozdrev, pour lui remettre une protestation diplomatique officielle.
La Russie a répliqué en des termes plus durs qu’une simple mise au point diplomatique de routine. Le vice-président du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a balayé la protestation japonaise, affirmant que ces îles « ont été, sont et resteront une terre russe », et avertissant que quiconque refuserait d’admettre cette réalité s’exposerait à des « conséquences monstrueuses ».
Ce différend remonte aux derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les forces soviétiques s’emparèrent des îles Itouroup, Kounachir, Chikotan et de l’archipel Habomai après la capitulation du Japon. La Russie a officiellement suspendu les négociations sur un traité de paix avec le Japon en mars 2022, en réponse aux sanctions imposées par Tokyo après l’invasion de l’Ukraine, dans le prolongement d’un amendement constitutionnel adopté en 2020 interdisant toute cession de territoire russe. Medvedev a depuis déclaré la question territoriale « close, une fois pour toutes », en vertu de la Constitution, signifiant que Moscou ne considère plus la souveraineté sur ces îles comme sujette à négociation.
Ce différend n’est pas seulement d’ordre historique ou diplomatique. Les Kouriles du Sud occupent une position stratégique entre la mer d’Okhotsk et l’océan Pacifique, ce qui en fait un élément central du dispositif militaire russe en Extrême-Orient. Moscou a déployé des systèmes côtiers antinavires Bastion-P sur Itouroup et Kounachir, ainsi que des chasseurs Su-35, qui s’inscrivent dans un dispositif de déni d’accès et d’interdiction de zone contribuant à protéger la mer d’Okhotsk, où opèrent, depuis des bases au Kamtchatka, les sous-marins lanceurs d’engins de la flotte du Pacifique. La zone a également vu se dérouler des patrouilles navales conjointes russo-chinoises à travers les détroits de Tsugaru et de La Pérouse, reflétant une coordination militaire plus large autour des approches septentrionales du Japon.
Combinée à la rhétorique de Medvedev, la visite de Poutine souligne la position de plus en plus explicite de Moscou selon laquelle le différend territorial n’est plus ouvert à la négociation. Si ce déplacement ne devrait pas déclencher de crise militaire immédiate, il conforte une réalité stratégique plus large : la Russie considère désormais les Kouriles du Sud comme un territoire définitivement intégré, et non comme une monnaie d’échange dans ses futures relations avec le Japon, rendant ainsi toute perspective de traité de paix d’après-guerre plus lointaine qu’elle ne l’a été depuis des décennies.


