La direction iranienne demeure profondément méfiante quant aux intentions du président Donald Trump, et considère l’accalmie actuelle des combats moins comme une voie vers la paix que comme une fenêtre lui permettant de se préparer à leur reprise, selon des informations de presse et les déclarations publiques des responsables iraniens eux-mêmes au cours des derniers mois.
Téhéran oriente le pays vers ce que des responsables décrivent comme une « économie de survie », a rapporté le Wall Street Journal, citant des sources proches de la direction et de l’équipe de négociation iraniennes. Le journal rapporte que Téhéran rationne les biens rares, restreint l’accès aux devises étrangères, réduit les investissements et transfère une part croissante du fardeau vers les ménages, tout en préservant les importations stratégiques et les rouages essentiels de l’État.
Des analystes y voient un arbitrage calculé plutôt qu’un simple revers économique. Hadi Khalazadeh, chercheur au Quincy Institute et ancien haut responsable de l’Organisation de sécurité sociale iranienne, a déclaré au Journal que cette approche fait basculer l’Iran « d’une économie résiliente, capable d’absorber les chocs, vers une économie de survie, qui continue de fonctionner mais perd, avec le temps, sa capacité à se redresser ». Il a ajouté que la structure même du régime rend difficile la traduction des seuls dommages économiques en une pression suffisamment lourde pour infléchir les décisions relatives à la sécurité nationale. En pratique, les difficultés sont absorbées par la population, précisément afin que la position de négociation de l’État et son appareil sécuritaire restent intacts.
Des personnes proches des principaux négociateurs iraniens ont indiqué au Journal que les pourparlers actuels pourraient n’être qu’un simple répit avant une reprise du conflit. Ce schéma rappelle celui observé lors du précédent cessez-le-feu de la guerre : en avril, le commandant des forces aérospatiales du CGRI, le général de brigade Seyed Majid Mousavi, avait publiquement affirmé que le rythme auquel l’Iran « mettait à jour et reconstituait ses plateformes de lancement de missiles et de drones » pendant cette période de cessez-le-feu dépassait celui d’avant-guerre — une affirmation relayée par Tasnim et PressTV, puis reprise par des médias tels qu’Alhurra et le Jerusalem Post. Des analystes indépendants avaient alors averti que cette affirmation exagérait probablement l’ampleur de la reconstitution, celle-ci s’apparentant davantage à la réouverture de sites de stockage et de lancement endommagés qu’à une nouvelle production à grande échelle, tout en reconnaissant que cette activité de reconstitution était bien réelle et documentée. Il n’est pas confirmé que le même schéma se reproduise pendant la pause actuelle, mais ce précédent explique pourquoi les responsables et analystes occidentaux abordent les périodes de cessez-le-feu avec l’Iran avec prudence, plutôt que d’y voir la preuve d’une désescalade.
Mehdi Mohammadi, conseiller stratégique de Mohammad Bagher Ghalibaf (qui a occupé le poste de négociateur en chef de l’Iran, bien que des médias israéliens et de l’opposition iranienne aient rapporté la semaine dernière qu’il pourrait s’être retiré de ce rôle en raison de dissensions internes), a qualifié l’impasse actuelle de « calme avant la tempête ». Dans un précédent message sur les réseaux sociaux, Mohammadi avait affirmé que l’un des facteurs alimentant la poursuite du conflit était ce qu’il a appelé un « projet générationnel de vengeance du sang », lié à la mort de l’ancien Guide suprême Ali Khamenei lors des premières frappes de la guerre. « La nation iranienne a encore de nombreux comptes à régler avec Trump », a-t-il déclaré. « L’Iran est prêt pour la grande confrontation. »
Ce type de rhétorique remplit une fonction politique intérieure autant qu’une fonction de politique étrangère. Iran International a rapporté que le protocole d’accord de juin avait mis au jour de véritables divisions au sein de l’establishment politique et médiatique iranien, les partisans de la ligne dure, en particulier le Front Paydari, dénonçant cet accord comme une trahison des principes révolutionnaires, alors même que des experts interrogés par le média estimaient que le désaccord portait moins sur la nécessité de préserver la République islamique que sur la manière d’y parvenir. Par ailleurs, Hooshang Amirahmadi, président de l’American Iranian Council, a déclaré à Fox News que les responsables iraniens plaidant pour la négociation risquaient d’être « considérés comme des traîtres » et « très probablement éliminés » — signe de l’étroitesse de la marge de manœuvre laissée, au sein du système, aux voix dissidentes favorables à des concessions. Placée dans ce contexte, une formule comme le « projet de vengeance du sang » évoqué par Mohammadi ne se contente pas d’expliquer les motivations des partisans de la ligne dure : elle contribue aussi à justifier, auprès de la population, la poursuite des souffrances économiques, tout en réduisant la marge de manœuvre dont disposent, en interne, les partisans du compromis.
Téhéran et Washington ont pris des mesures pour cesser les hostilités et revenir à la table des négociations, mais des différends sur les termes et la mise en œuvre des dispositifs de cessez-le-feu ont persisté tout au long de l’été. Les dernières informations disponibles suggèrent que, malgré des contacts diplomatiques continus, des personnalités proches de l’équipe de négociation iranienne considèrent une reprise de la confrontation comme une possibilité bien réelle, et non hypothétique. L’accalmie actuelle est utilisée par l’appareil sécuritaire de Téhéran pour s’y préparer, non pour la dépasser.


