Des attaques revendiquées par les Houthis contre le transport maritime commercial ont fortement réduit le trafic à travers le détroit de Bab el-Mandeb, illustrant à quel point la seule menace d’une attaque peut perturber l’un des corridors maritimes les plus importants au monde. Selon Reuters, un seul navire a traversé le détroit mercredi, contre 20 la veille, après que le groupe eut revendiqué des attaques contre le transport maritime lié à l’Arabie saoudite. Les Houthis ont présenté cette campagne comme s’inscrivant dans le cadre d’un blocus contre l’Arabie saoudite, annoncé ces dernières semaines, le décrivant comme des représailles à ce qu’ils qualifient de blocus imposé au Yémen.
Cette perturbation fait suite aux revendications houthies d’attaques contre deux pétroliers saoudiens, l’un près de Yanbu, sur la côte de la mer Rouge, l’autre dans le golfe d’Aden, dans le cadre de cette même campagne. L’Arabie saoudite n’a pas confirmé ces attaques rapportées, mais ces revendications ont accru les inquiétudes des armateurs, des assureurs et des analystes de sécurité maritime quant à l’exploitation de la partie sud de la mer Rouge. Selon Reuters, la réaction immédiate du transport maritime commercial a été une réduction spectaculaire des mouvements de navires à travers Bab el-Mandeb, plutôt que d’attendre une confirmation indépendante de chaque frappe signalée.
Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien, en faisant une porte d’entrée indispensable pour les navires empruntant le canal de Suez. Toute perturbation soutenue contraint les compagnies maritimes à envisager des trajets plus longs et plus coûteux, en contournant le cap de Bonne-Espérance, augmentant les coûts de transport, les primes d’assurance et les délais de livraison. L’escalade actuelle coïncide également avec une instabilité persistante autour du détroit d’Ormuz, accroissant la probabilité que les compagnies maritimes redirigent leurs navires ou retardent leurs traversées à travers les deux points d’étranglement maritimes stratégiques de la péninsule Arabique.
Les États-Unis ont également averti que les navires commerciaux opérant en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden demeurent exposés à un risque accru d’attaques houthies impliquant drones, missiles, embarcations explosives et tentatives d’arraisonnement. Un récent avis de l’Administration maritime américaine a exhorté les opérateurs à rester vigilants et à adopter des mesures de sécurité renforcées lors de leur transit dans la région, traduisant une inquiétude croissante quant au fait que le transport maritime commercial soit devenu une cible privilégiée de ce conflit.
Bien qu’il demeure incertain si les dernières revendications houthies se transformeront en une campagne soutenue contre le transport maritime commercial, l’impact immédiat sur le trafic maritime illustre une caractéristique centrale de la coercition maritime moderne : les compagnies maritimes réagissent au risque perçu, et non aux dégâts confirmés. Même des attaques limitées — ou de simples menaces d’attaque crédibles — peuvent inciter les opérateurs à reporter leurs voyages, à réorienter leurs navires et à augmenter leurs primes d’assurance. Pour des groupes armés tels que les Houthis, perturber la confiance peut donc s’avérer presque aussi efficace que de couler des navires, permettant à des capacités militaires relativement modestes de produire des effets économiques disproportionnés sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.


