La Russie a rejeté, le 14 août, les propositions ukrainienne et turque en vue d’un cessez-le-feu maritime en mer Noire, signalant qu’elle n’a aucun intérêt à limiter ses attaques contre le trafic commercial civil, malgré les perturbations croissantes du commerce mondial des céréales.
La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que Moscou ne voyait « aucune raison de recourir à des demi-mesures », estimant qu’un tel arrangement bénéficierait aux forces ukrainiennes, a rapporté Reuters. Ce rejet visait à la fois une proposition ukrainienne, transmise par un intermédiaire, tendant à cesser les attaques contre des cibles civiles, et une initiative distincte de moratoire que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré avoir présentée aux deux parties le 8 août. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, avait indiqué quelques jours plus tôt que Moscou n’avait reçu aucune proposition formelle, selon l’agence de presse d’État TASS. Zakharova a également estimé qu’une relance de l’Initiative céréalière de la mer Noire de 2022-2023 — l’accord négocié sous l’égide de l’ONU et de la Turquie, qui avait permis aux deux pays de continuer à exporter des céréales pendant la guerre — n’était pas envisageable, qualifiant cet arrangement antérieur de déséquilibré.
Ce rejet intervient alors que l’intensification des attaques fait grimper les risques pour le transport maritime et les prix du blé. Le ministère ukrainien des Infrastructures a recensé, au cours du mois écoulé, 35 attaques contre des navires à quai dans des ports, 22 contre des navires en mer et 67 contre des installations portuaires, selon des chiffres rapportés par Türkiye Today. Une frappe de missile, le 19 juillet, a tué 10 personnes à bord du vraquier céréalier Golden Leo, au large d’Odessa, tandis que des attaques ultérieures contre le pétrolier Gas Lisbon et le vraquier Golden Rose ont poussé des armateurs à suspendre volontairement leurs escales dans les ports de la région d’Odessa, en pleine saison des récoltes. Ces attaques ont accentué les inquiétudes concernant la sécurité alimentaire mondiale, la perturbation du trafic maritime menaçant l’un des corridors d’exportation de céréales les plus importants au monde, a rapporté Reuters.
L’Ukraine a, dans le même temps, élargi sa campagne contre les cibles navales et logistiques russes. Les Forces des systèmes sans pilote de Kiev ont indiqué que des frappes de drones avaient touché 159 navires liés au commerce pétrolier de la « flotte fantôme » russe sous sanctions, au cours d’une campagne de douze jours en mer Noire et en mer d’Azov. Les forces ukrainiennes ont également visé des infrastructures portuaires et logistiques russes à Novorossiisk, dans le cadre de ce que des responsables décrivent comme un effort pour isoler la Crimée occupée. Aucune des deux parties n’a proposé de mécanisme de surveillance ou d’application pour une éventuelle trêve maritime, et aucun cadre de ce type n’a été rendu public.
La Turquie, qui avait précédemment négocié l’Initiative céréalière de la mer Noire, continue de plaider pour un nouveau moratoire maritime malgré le refus de Moscou. La proposition de Fidan fait suite à plusieurs semaines de ce qu’Ankara a décrit comme une dégradation de l’environnement sécuritaire pour le trafic commercial. Aucune des deux parties ne montrant d’intérêt, même pour une trêve maritime limitée, la mer Noire devient non seulement un champ de bataille, mais aussi un corridor commercial de plus en plus disputé, dont les perturbations dépassent largement le cadre de la guerre pour toucher l’approvisionnement alimentaire mondial, les marchés du transport maritime et la stabilité régionale.


