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Au-delà de la piraterie : le Nigeria en quête d’alliés maritimes

July 21, 2026
11 Min Read
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Des navires de guerre nigérians et espagnols mènent des manœuvres conjointes dans le golfe de Guinée lors de l'exercice Obangame Express, en mai 2024. Source : US Navy / DVIDS
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Le 1er juin, pour la première fois, six marines nationales ont répondu à un commandement unique. À Lagos, le Nigeria a inauguré la Force opérationnelle maritime combinée (CMTF), une force conjointe destinée à lutter contre la piraterie, le vol à main armée, les enlèvements, le vol de pétrole, la pêche illégale et les trafics dans les eaux s’étendant du Sénégal à l’Angola. Onze gouvernements avaient soutenu le projet. Seuls six d’entre eux — la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone — se sont présentés avec des navires. Les autres, dont l’Angola, sont restés à quai.

Contents
  • Le Sahel atteint désormais la côte
  • L’oléoduc que la Russie n’a aucune raison d’accueillir favorablement
  • Protéger le flux économique vital du Golfe

Officiellement, cette force répond à la piraterie. Dans les faits, elle constitue la réponse du Nigeria à une refonte plus profonde de la carte sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Ce déséquilibre compte : le Nigeria a fourni l’essentiel des navires, des aéronefs et des capacités de commandement initiaux. La force porte un mandat régional, mais démarre comme un projet piloté par le Nigeria, tributaire de sa capacité à convaincre davantage de gouvernements côtiers de partager les coûts, le renseignement et les risques.

La piraterie constitue la raison immédiate de sa création. Le golfe de Guinée a enregistré 21 attaques ou tentatives d’attaques en 2025, contre 18 l’année précédente. Si le nombre d’incidents reste inférieur à son pic historique, la région a néanmoins concentré 23 enlèvements de membres d’équipage et la majorité des enlèvements maritimes recensés dans le monde. Ce recul reflète le renforcement des patrouilles et de la coordination, non la disparition des réseaux à l’origine des attaques.

La piraterie, à elle seule, n’explique pas pourquoi Abuja transforme des années de coopération fragmentée en une force permanente. Une partie de la réponse se trouve à l’intérieur des terres, là où l’ordre politique du Sahel s’est effondré et où la Russie est devenue le principal partenaire militaire extérieur du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Le Sahel atteint désormais la côte

Pendant des décennies, les États d’Afrique de l’Ouest ont coopéré au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un bloc de 15 membres aligné sur l’Occident. Cet ordre s’est fracturé. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont quitté la CEDEAO et formé l’Alliance des États du Sahel (AES), expulsant les forces françaises, européennes et américaines pour se tourner vers Moscou.

Cette rupture dépasse la simple rivalité. La CEDEAO s’appuie sur le soutien occidental ; l’AES dépend de la Russie — la même confrontation qui oppose déjà Moscou à l’Occident en Ukraine. Le risque est que l’Afrique de l’Ouest devienne un second théâtre de cet affrontement, deux camps voués à se heurter le long de la ligne qui les sépare.

Des formations russes — d’abord le groupe Wagner, aujourd’hui l’Africa Corps, sous contrôle du ministère de la Défense — combattent aux côtés des armées nationales et protègent des gouvernements dépendants des armes, du personnel et du soutien politique russes. En juillet, la Russie et les trois États de l’AES ont convenu d’élargir leur coopération militaire, alors que les attaques insurgées se poursuivaient.

Mais le projet russe au Sahel comporte une pièce manquante : une façade maritime. Ses partenaires sont enclavés, et la Russie elle-même cherche depuis des années une base navale en eaux chaudes sur les flancs africains — sollicitant le Soudan pour un port sur la mer Rouge, courtisant l’est de la Libye, se maintenant à Tartous, en Syrie. Chaque démarche répond au même besoin : disposer d’un point de débarquement pour ses troupes, ses armes et son fret. Tant qu’elle n’en aura pas obtenu un, la Russie aura des raisons de chercher à se rapprocher du littoral atlantique, tenu par les États de la CEDEAO.

Des armes russes destinées au Mali ont déjà transité par le port atlantique guinéen de Conakry, tandis qu’un accord militaire entre la Russie et le Togo permettrait, selon certaines informations, un accès réciproque à des ports militaires. Ce dispositif offre à Moscou un débouché maritime potentiel pour ses partenaires enclavés, ainsi qu’un point d’ancrage sur le golfe de Guinée.

Cela ne démontre pas que la CMTF ait été créée pour contenir la Russie. Ni Abuja ni l’Union africaine ne désignent Moscou comme une cible ; le mandat de l’Union africaine porte sur la piraterie et la criminalité maritime. L’implication n’en demeure pas moins difficile à ignorer : les États côtiers organisent leurs eaux à l’heure même où des régimes soutenus par la Russie tiennent l’arrière-pays, et où Moscou cherche des voies d’accès à l’Atlantique.

L’oléoduc que la Russie n’a aucune raison d’accueillir favorablement

La même géographie régit l’une des plus grandes ambitions africaines en matière d’infrastructures. Le projet de gazoduc transsaharien acheminerait le gaz nigérian vers le nord, via le Niger, jusqu’en Algérie, puis vers les marchés européens. Ce projet de 4 128 kilomètres est conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes par an, et l’Algérie a lancé en juin la construction de son tronçon.

Le tracé traverse des territoires marqués par l’insurrection, le pouvoir militaire et l’influence russe. Moscou n’a pas exprimé d’intention de le bloquer, et aucune preuve publique ne montre l’Africa Corps déployé pour empêcher le gaz nigérian d’atteindre l’Europe. Mais la doctrine russe de sécurité énergétique considère la concurrence et les menaces pesant sur sa position exportatrice comme des enjeux de sécurité nationale. Un gazoduc opérationnel offrirait à l’Europe une source d’approvisionnement supplémentaire et réduirait le poids stratégique des livraisons russes.

Bloquer ou remodeler un tel projet ne nécessite ni explosifs ni veto formel. En s’imposant comme protectrice du régime à Niamey — État de transit essentiel —, la Russie gagne une influence sur les décisions réglementaires, les conditions de sécurité et les relations politiques dont dépend le gazoduc. Elle pourrait s’en servir comme levier pour retarder le projet ou en augmenter les coûts — une déduction fondée sur la géographie et la concurrence énergétique, non la preuve d’un plan du Kremlin rendu public.

Protéger le flux économique vital du Golfe

Pour le Nigeria, il ne s’agit pas d’une stratégie abstraite, mais de survie économique. Champs offshore, terminaux d’exportation, oléoducs et couloirs maritimes constituent les artères de son commerce pétrolier et gazier — et ils sont soumis à des assauts constants. Milices, groupes djihadistes, voleurs de pétrole et réseaux de contrebande visent les infrastructures qui maintiennent l’État à flot, et certains responsables affirment que des acteurs soutenus par l’étranger agissent de même. Chaque attaque fait grimper les coûts et affaiblit la confiance des investisseurs. Sécuriser le littoral n’est plus une option.

Cette force pourrait également aider les gouvernements côtiers à affronter des formes plus récentes de commerce illicite. La flotte fantôme russe et d’autres réseaux de contournement des sanctions reposent sur une propriété opaque, des pavillons de complaisance, des documents falsifiés et des transferts de navire à navire. Aucune preuve publique ne désigne encore le golfe de Guinée comme un pôle majeur de la flotte fantôme, mais l’intensité du trafic énergétique, l’application inégale des règles et le nombre de ports pourraient en faire une zone attractive pour ces réseaux.

Le Nigeria bâtit donc bien plus qu’une simple patrouille anti-piraterie. Il tente d’ériger un cadre sécuritaire tout au long de la façade atlantique d’une région de plus en plus divisée entre gouvernements côtiers liés à la CEDEAO et régimes de l’intérieur alignés sur la Russie. Cette force demeure modeste, et l’absence de l’Angola parmi ses six contributeurs fondateurs montre à quel point un véritable partage du fardeau sera difficile à atteindre. Sa création traduit néanmoins une prise de conscience plus large : la compétition pour l’Afrique de l’Ouest se déplace des déserts et des capitales vers les ports, les oléoducs et les couloirs maritimes.

Cette leçon dépasse le cadre africain. Le monde l’a de nouveau constaté à Ormuz, où un seul détroit disputé peut étrangler les flux d’énergie et prendre des économies entières en otage. À l’ère où le commerce, le carburant et la survie transitent par la mer, contrôler l’eau, c’est contrôler l’avenir.

Quiconque sécurisera le golfe de Guinée ne se contentera pas de traquer des pirates. Il décidera de la manière dont l’Afrique de l’Ouest s’alimente en énergie et se relie au monde — et déterminera si l’ordre que la Russie bâtit à travers le Sahel peut atteindre l’Atlantique.

TAGGED:AfricaCorpsGazoducTranssaharienGolfeDeGuinéeNigeriaOrmuzPiraterieRussieSahelSécuritéÉnergétiqueSécuritéMaritime
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