Les pyramides de Méroé à Bagrawiya, au Soudan. Source : Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO.
La guerre civile au Soudan menace les anciennes pyramides de Méroé, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, situé à environ 200 kilomètres au nord de Khartoum, après que plus de trois ans de combats ont interrompu les travaux de préservation et les missions archéologiques étrangères. Le site, proche de Bagrawiya, abrite plus de 200 pyramides construites comme tombeaux royaux pour les souverains du royaume de Koush, dont le cœur méroïtique a prospéré du VIIIe siècle avant notre ère au IVe siècle de notre ère. Des gardiens et, occasionnellement, des familles en visite demeurent présents sur le site, mais la guerre a fait disparaître les projets étatiques de restauration et les missions internationales qui en assuraient auparavant la stabilité.
Un reportage de l’AP a constaté une accumulation de sable autour des pyramides et à l’intérieur des temples funéraires, une végétation qui gagne du terrain, et des pierres qui commencent à se détacher. L’archéologue Mahmoud Souleiman a averti que le site « pourrait connaître une catastrophe », des effondrements demeurant possibles si les travaux de conservation ne reprennent pas. L’inspecteur des antiquités Mohamed Moubarak a précisé que le sel libéré par le sable accumulé endommage la pierre fragile, ainsi que les inscriptions et sculptures à l’intérieur des temples.
Méroé se trouve dans l’État du Nil, dans la zone du nord, de l’est et du centre du Soudan contrôlée par les Forces armées soudanaises (FAS), selon une évaluation du ministère britannique de l’Intérieur datée de juillet 2026. Rien n’indique qu’un camp ou l’autre ait directement endommagé le site. Sa localisation place la responsabilité de la sécurité et de la gestion du patrimoine entre les mains des autorités alignées sur les FAS, et non des Forces de soutien rapide (FSR). L’UNESCO a averti que le patrimoine culturel soudanais, dans son ensemble, demeure gravement menacé, plus de 100 sites culturels ayant été endommagés et au moins 22 musées pillés ou détruits depuis le début de la guerre en avril 2023.
Le risque pesant sur Méroé s’inscrit dans un schéma plus large propre aux temps de guerre. Lorsqu’un conflit armé fait s’effondrer les systèmes de sécurité et de préservation, un patrimoine irremplaçable peut disparaître. Parfois, ces dégâts sont délibérés, comme lorsque les talibans avaient détruit les bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan. Dans le cas du Soudan, la menace pesant aujourd’hui sur les sites koushites relève de la négligence et de la dégradation sous des autorités contrôlées par les FAS, plutôt que d’une attaque directe avérée.


