Le gouvernement militaire du Myanmar élargit ses relations diplomatiques à travers l’Asie, alors même que des organismes de surveillance des conflits rapportent une forte hausse des attaques contre les civils, mettant en lumière un écart de plus en plus marqué entre l’engagement diplomatique régional et la réalité sur le terrain.
Selon l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), l’armée a été responsable de plus d’une douzaine de massacres au cours du premier semestre 2026, ayant fait plus de 450 morts parmi les civils. Près de 40 % de ces décès sont survenus dans la zone sèche centrale du Myanmar, connue sous le nom de région d’Anyar. Reuters a rapporté que cette escalade coïncidait avec une restructuration de la direction militaire opérée en mars.
Cette transition a restructuré le commandement suprême de la junte, et non simplement modifié des titres. Min Aung Hlaing a accédé à la présidence, tandis que l’autorité militaire opérationnelle passait entre les mains du général Ye Win Oo. L’ACLED a indiqué que la campagne de répression et de bombardements aériens de l’armée s’était intensifiée sous cette nouvelle direction, avec notamment le recours régulier à des groupes de chasseurs menant des frappes soutenues contre des cibles individuelles. Ni l’ACLED ni Reuters n’établissent toutefois que ce changement de commandement soit, à lui seul, la cause de la hausse des morts civiles.
Min Aung Hlaing a par ailleurs cherché à se rapprocher des gouvernements de la région. Il s’est rendu en Chine et en Inde, et doit se rendre en Thaïlande du 6 au 7 août — l’un de ses déplacements régionaux les plus significatifs depuis la prise du pouvoir par l’armée, lors du coup d’État de février 2021. Reuters a également rapporté un rapprochement encore prudent avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui avait exclu les généraux au pouvoir du Myanmar de ses sommets après ce coup d’État.
Ce rapprochement s’opère dans le contexte d’un bilan diplomatique que l’ASEAN peine à faire évoluer. Le Consensus en cinq points de l’organisation, adopté le 24 avril 2021, appelait à une cessation immédiate des violences, à un dialogue entre toutes les parties, à une aide humanitaire et à la nomination d’un envoyé spécial de l’ASEAN. Plus de cinq ans plus tard, les organismes de surveillance des conflits continuent de documenter des attaques meurtrières de masse contre des civils, alors même que l’engagement diplomatique régional avec Naypyidaw se poursuit progressivement.
Reuters a précisé que certains incidents rapportés — dont des témoignages faisant état de meurtres lors d’une opération militaire dans le canton de Myit Chay — n’avaient pu être vérifiés de manière indépendante, l’accès aux zones touchées par le conflit demeurant sévèrement restreint. Le média a rapporté que trois résidents affirmaient qu’au moins 40 personnes avaient été tuées durant cette opération, alors que l’incident figurait dans la base de données de l’ACLED avec au moins cinq décès recensés.
Cette contradiction devient de plus en plus difficile à ignorer : les organismes de surveillance continuent de documenter des attaques meurtrières de masse, l’engagement diplomatique régional s’élargit continuellement, et le Consensus en cinq points de l’ASEAN demeure, plus de cinq ans après son adoption, dépourvu de tout mécanisme efficace de contrainte.


