Taïwan a mené mercredi son premier exercice conjoint marine-garde côtière d’escorte anti-blocus, répétant le scénario dans lequel le trafic maritime commercial pourrait continuer d’atteindre l’île en cas de tentative chinoise de l’isoler. L’exercice simulait la protection d’un navire marchand à destination de deux ports de la côte est de Taïwan : un dragueur de mines ouvrait un chenal de navigation, tandis que des bâtiments de la marine et de l’Administration de la garde côtière (CGA) assuraient l’escorte et la sécurité, selon le ministère de la Défense nationale. La CGA a précisé qu’il s’agissait de la première fois qu’elle menait formellement ce type d’opération aux côtés de la marine.
Cet exercice s’inscrivait dans la phase de tir réel de Han Kuang 42, les manœuvres militaires annuelles de Taïwan qui se déroulent du 5 au 14 août et mobilisent des réservistes pour dix jours et neuf nuits d’opérations ininterrompues. Il illustre la manière dont la planification défensive taïwanaise a évolué au-delà de la seule préparation à une invasion amphibie. Une attention croissante est désormais accordée aux scénarios dans lesquels Pékin chercherait à isoler l’île par la coercition maritime, des opérations de garde côtière, des perturbations informatiques et des restrictions sur le trafic commercial, avant — ou au lieu — de lancer un assaut de grande envergure.
Des mesures de résilience civile ont accompagné les manœuvres militaires. La Commission nationale des communications de Taïwan a, pour la première fois, réduit les débits de données mobiles à environ 1 % de leur capacité normale dans certaines parties de l’île, simulant une coupure des communications en temps de guerre tout en maintenant les appels vocaux et les services d’urgence opérationnels. Le président Lai Ching-te s’est par ailleurs rendu dans un parking souterrain d’hôpital, à New Taipei, transformé en service d’urgence, accompagné des représentants de facto des États-Unis, d’Israël et du Canada. Lai a déclaré que Taïwan ne faisait pas face seul à l’évolution de l’environnement sécuritaire régional.
Cet exercice intervient alors que les analystes examinent de plus en plus la manière dont la Chine pourrait utiliser sa garde côtière et d’autres agences maritimes pour exercer une pression sur Taïwan sans lancer immédiatement une invasion conventionnelle. Une analyse récente de la Jamestown Foundation décrit les opérations chinoises menées en juin à l’est de Taïwan comme relevant d’un modèle de « quasi-quarantaine », qui projette un contrôle administratif sans déclarer de blocus formel. Taipei qualifie cette approche de forme de guerre juridique (« lawfare »). Des analystes du RUSI notent qu’une telle stratégie pourrait produire une grande partie des effets coercitifs d’un blocus tout en évitant les implications juridiques immédiates qu’un blocus formel entraînerait au regard du droit international.
Taïwan a également restructuré son armée pour faire face à cette pression graduée. Le 1er juillet, l’île a inauguré le Commandement de combat littoral, qui rassemble sous un commandement unifié les unités côtières de missiles antinavires, les systèmes radar mobiles et les plateformes sans pilote, dans le but de contester à la Chine le contrôle des eaux environnantes en cas de tentative de blocus, selon Focus Taiwan.
Cet exercice n’indique pas qu’un blocus chinois soit imminent. Il illustre plutôt la manière dont Taïwan considère de plus en plus la résilience économique, la préparation civile et l’accès maritime comme indissociables de la défense militaire. Pour Taipei, garantir que l’île reste approvisionnée en cas de crise prolongée pourrait s’avérer tout aussi important que la défense de son littoral.


