Les Émirats arabes unis ont suspendu l’ensemble de leurs transactions commerciales et financières avec l’Iran, rouvrant une rupture diplomatique et économique apparue pour la première fois après l’entrée en guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le 28 février. Selon le ministère émirien de la Défense, cité par Reuters, les défenses antiaériennes du pays ont détecté deux missiles balistiques tirés depuis l’Iran en direction du trafic maritime, l’un retombant en dehors des eaux territoriales émiriennes et le second à l’intérieur de celles-ci. Aucune victime ni aucun dégât n’ont été signalés, et ni Reuters ni le commandement central américain (CENTCOM) n’ont pu vérifier de manière indépendante les données relatives à ce tir. Le ministère émirien des Affaires étrangères a indiqué que la suspension resterait en vigueur « jusqu’à nouvel ordre », invoquant des escalades régionales qui compromettent la paix et la sécurité.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté cette accusation, la qualifiant d’infondée. Son porte-parole, Esmail Baghaei, a qualifié l’incident d’« opération sous faux drapeau » et a affirmé que cette allégation contredisait le principe de bon voisinage. Ce démenti est intervenu au lendemain de l’expiration, sans percée, du délai de 60 jours accordé aux pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran, le président Donald Trump ayant ensuite affirmé qu’aucune négociation n’était en cours. Si elle se confirme, la frappe de mardi constituerait la première attaque publiquement attribuée par les Émirats arabes unis à l’Iran depuis le mois de mai, après une accalmie dans un conflit au cours duquel l’Iran avait tiré plus de 530 missiles balistiques et plus de 2 200 drones en direction des Émirats arabes unis durant les six premières semaines de la guerre.
Cette suspension frappe l’une des relations commerciales les plus importantes de l’Iran. Les Émirats arabes unis ont constamment figuré parmi les plus grands partenaires commerciaux de l’Iran, aux côtés de la Chine, tandis qu’environ un tiers des importations iraniennes ont, par le passé, transité par des circuits de réexportation centrés sur le port de Jebel Ali, à Dubaï, une plateforme logistique essentielle reliant l’Iran aux marchés mondiaux malgré les rounds successifs de sanctions occidentales. Les maisons de change de Dubaï ont également servi de canal financier important pour les entreprises iraniennes en quête d’accès aux devises fortes. Les Émirats arabes unis avaient suspendu le transport maritime de marchandises avec l’Iran début mars, peu après le déclenchement des hostilités, avant d’autoriser la reprise des échanges via Jebel Ali fin juin. Le général de brigade américain à la retraite, Mark Kimmitt, a déclaré à Al Jazeera que cet embargo renouvelé pourrait finalement se révéler plus dommageable économiquement que des sanctions américaines supplémentaires, compte tenu du rôle central de Dubaï dans le commerce et la finance régionaux.
La question de savoir si ce différend restera une confrontation économique ou dégénérera en une nouvelle escalade militaire dépendra de deux inconnues : la confirmation, par des éléments indépendants, de la version émirienne sur les tirs de missiles, et la décision de l’un ou l’autre gouvernement d’aller ou non au-delà des mesures diplomatiques et commerciales. Pour l’heure, cette suspension illustre la rapidité avec laquelle les États du Golfe sont prêts à instrumentaliser leurs liens économiques dès lors que la sécurité régionale se dégrade, alors même que la responsabilité du dernier incident en date reste contestée.


