Un officier du service de renseignement du Commandement central américain (CENTCOM) a envoyé, mercredi dernier, un message à un large groupe d’analystes militaires, leur demandant de nouvelles pistes pour « faire pression sur l’Iran et le sanctionner », selon CNN, qui cite une source proche du dossier. Une seconde source a indiqué à CNN qu’un haut responsable militaire avait diffusé une demande similaire la semaine précédente. Des responsables ont qualifié d’inhabituelle cette démarche de consultation collective par courriel, laissant entendre que Washington cherche des alternatives, alors que la campagne actuelle peine à produire l’effet politique escompté.
Cette demande fait suite à de récentes évaluations de la CIA et de la Defense Intelligence Agency, selon lesquelles la campagne de bombardements actuelle a peu de chances de modifier la position de négociation de l’Iran, a rapporté CNN. Le général Dan Caine, président des chefs d’état-major interarmées, avait reconnu une limite similaire lors d’une audition devant le Congrès le mois dernier, déclarant que « la puissance aérienne a ses limites ».
Le succès tactique ne s’est pas traduit par un levier stratégique. Les frappes américaines ont détruit des lanceurs de missiles, des dépôts de stockage et des sites radar, mais deux sources proches de la planification militaire ont indiqué à CNN que certaines installations liées au programme nucléaire, profondément enfouies, ont peu de chances d’être détruites par la seule puissance aérienne. La structure de commandement dispersée de l’Iran, ainsi que sa volonté démontrée d’encaisser des dommages militaires et économiques, compliquent encore l’effort de Washington visant à convertir des gains sur le champ de bataille en pression diplomatique. Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute, a fait valoir que Téhéran semble prêt à absorber des coûts supplémentaires, s’il estime pouvoir tenir plus longtemps que la volonté politique de Washington de poursuivre ce conflit.
CNN n’a pas précisé quelles options « créatives et non conventionnelles » le CENTCOM envisageait. Les analystes militaires identifient généralement plusieurs formes de pression coercitive, en deçà d’une campagne conventionnelle plus large, notamment l’interdiction maritime, les opérations cybernétiques contre les infrastructures militaro-industrielles, et des efforts clandestins visant à perturber les réseaux d’approvisionnement. Les informations de CNN n’indiquent toutefois pas que le CENTCOM ait choisi ou validé une quelconque option spécifique.
Tout basculement vers des outils clandestins ou non cinétiques comporterait ses propres risques. Washington semble chercher des moyens d’accroître la pression sans déclencher une guerre régionale plus vaste, mais Téhéran a, par le passé, traité le sabotage, les cyberattaques et d’autres actions clandestines visant ses infrastructures stratégiques comme des actes d’agression justifiant des représailles. Des mesures conçues pour éviter l’escalade pourraient donc produire l’effet inverse.
Ce débat au sein du CENTCOM illustre un dilemme classique de la guerre coercitive moderne : détruire des cibles militaires s’avère souvent plus facile que de modifier les calculs politiques d’un adversaire. Tant que les dirigeants iraniens estimeront pouvoir encaisser de nouvelles sanctions sans menacer la survie du régime, Washington pourrait constater que la pression militaire supplémentaire produit des rendements stratégiques décroissants.


