Une nouvelle tentative visant à obtenir une trêve humanitaire au Soudan s’est enlisée sur la question de savoir si les Forces de soutien rapide (FSR) doivent se retirer des villes conquises avant l’ouverture de négociations plus larges. Les États-Unis ont informé le Conseil de sécurité de l’ONU qu’ils avaient présenté à plusieurs reprises aux belligérants une proposition de trêve humanitaire nationale, garantissant un accès aux secours à travers les lignes de front et les frontières internationales. Selon Reuters, qui a consulté des documents diplomatiques liés à cette proposition, les FAS ont accepté plusieurs éléments du cadre soutenu par les États-Unis, mais ont rejeté les dispositions n’exigeant pas un retrait total des FSR des villes occupées.
Contrôle territorial, autorité étatique et impasse des négociations
Ce désaccord ne tient pas simplement à une question de séquençage. Le territoire confère une profondeur militaire, un levier politique et un accès aux revenus. Les positions des FSR à travers le Darfour et certaines parties du Kordofan relient des zones productrices d’or, des routes de transhumance, des zones agricoles et un commerce transfrontalier informel. Les autorités alignées sur les FAS, opérant depuis Port-Soudan, conservent, elles, la Banque centrale, l’administration des douanes, les circuits formels d’importation et d’exportation, ainsi que les revenus liés au commerce en mer Rouge.
Ces économies politiques parallèles réduisent l’intérêt d’un compromis. Les FSR risquent de perdre fiscalité, extraction et réseaux commerciaux si elles se retirent avant d’obtenir des garanties. Les FAS, de leur côté, peuvent s’appuyer sur les institutions étatiques et les revenus formels pour soutenir leur campagne militaire, tout en se présentant, sur la scène internationale, comme l’autorité souveraine du Soudan.
Le terrain militaire renforce cette impasse. Les FAS chercheraient, selon certaines sources, à sécuriser l’axe logistique Kosti-El Obeid, tandis que la pression exercée par les FSR autour d’El Obeid est jugée menacer une plaque tournante stratégique reliant le centre du Soudan au Kordofan et au Darfour. Le briefing du Conseil de sécurité en juin avait averti que l’intensification de la guerre des drones et la mobilisation militaire autour d’El Obeid pourraient exposer des centaines de milliers de civils à des schémas de siège et de violence de masse.
Les FAS portent des responsabilités différenciées, dans la mesure où elles exercent les fonctions de l’autorité gouvernementale du Soudan, reconnue internationalement. Elles contrôlent les principales institutions étatiques du pays, dont la Banque centrale, l’administration des douanes et la représentation diplomatique. Ces fonctions imposent aux FAS des obligations accrues, au regard du droit international humanitaire, en matière de facilitation de l’accès humanitaire, de protection des civils relevant de leur juridiction et de coopération avec les opérations internationales de secours. Les FSR portent, de la même manière, des obligations sur les territoires placés sous leur contrôle effectif.
Accès humanitaire, famine et soutiens étrangers
L’entrave à l’aide humanitaire n’est pas un simple effet secondaire de l’insécurité. Human Rights Watch a documenté des violations commises par toutes les parties au conflit, y compris le recours, par les autorités alignées sur les FAS, à des permis et des contrôles administratifs visant à limiter les livraisons transfrontalières et transversales aux lignes de front, en direction des territoires tenus par les FSR.
L’urgence alimentaire est également plus grave que ne le laisse entendre l’expression « insécurité alimentaire ». Selon la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), la phase 4 correspond à une situation d’urgence, tandis que la phase 5 englobe la catastrophe au niveau des ménages et la famine au niveau d’une zone. Les évaluations de l’IPC ont confirmé une situation de famine dans le camp de Zamzam, puis identifié, dans d’autres parties du Darfour et du Kordofan, des conditions de famine ou un risque sérieux de famine. L’accès restreint limite les enquêtes de terrain, de sorte que l’absence de déclaration de famine à l’échelle nationale ne signifie pas que la faim catastrophique ait cessé.
Les autorités de Port-Soudan ont, par le passé, résisté ou retardé l’accès transfrontalier via des routes telles qu’Adré, à la frontière tchadienne. En insistant sur des données incomplètes ou sur l’absence de classification nationale de famine, les responsables alignés sur les FAS peuvent minimiser la crise et justifier un contrôle plus strict des corridors d’aide. En tant qu’autorité prétendant représenter le Soudan, les FAS portent une responsabilité accrue quant à la facilitation des secours destinés aux civils soudanais, quel que soit l’acteur armé qui contrôle leur zone de résidence.
Le soutien extérieur affaiblit encore davantage les incitations à une trêve. Une enquête d’Amnesty International sur les armements a identifié des armes provenant de Chine, de Russie, de Serbie, de Turquie, des Émirats arabes unis et du Yémen.
Perspectives diplomatiques et conditions d’une trêve
Une trêve durable exigerait un accès surveillé de manière indépendante, à travers les frontières et les lignes de front, des restrictions sur les mouvements de troupes et de drones, une protection des convois d’aide, ainsi qu’une séquence convenue de retraits territoriaux. Elle exigerait également une pression sur les fournisseurs extérieurs, ainsi qu’une véritable participation d’organisations civiles, plutôt qu’un accord négocié exclusivement entre commandants armés. L’obstacle central demeure de savoir si les FAS, en tant que puissance revendiquant l’autorité étatique, accepteront la responsabilité de faciliter les secours et le compromis politique, et si les FSR renonceront au territoire et à leurs réseaux économiques coercitifs sans les convertir en pouvoir politique permanent. Tant que ces calculs n’évolueront pas, les négociations continueront vraisemblablement de suivre les développements sur le terrain, plutôt que de les contenir.


