Les discussions portant sur le transfert vers les Émirats arabes unis du système de défense antiaérienne russe S-400 de la Turquie sont au point mort, mettant en lumière les difficultés plus profondes qui entravent la tentative d’Ankara de réintégrer le programme du F-35, l’avion de chasse furtif américain de dernière génération.
La Turquie avait été exclue du programme en 2019 après l’achat du S-400, Washington faisant valoir que la technologie radar russe pourrait permettre à Moscou de percer les secrets du F-35. Les discussions avec les Émirats arabes unis avaient gagné en intensité après la visite du président Donald Trump en Turquie en juillet, celui-ci ayant laissé entendre une ouverture à la levée des restrictions, mais selon Semafor, elles n’ont pas progressé depuis.
L’obstacle est autant juridique que politique. En vertu de la section 1245 de la loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’exercice budgétaire 2020, le Congrès exige une certification attestant que la Turquie ne possède plus le S-400 avant qu’un quelconque transfert puisse avoir lieu — une condition obligatoire, distincte des sanctions prévues par la loi CAATSA. Toute revente dépendrait également du consentement de la Russie, en tant que fournisseur d’origine du système, en vertu de ses accords d’exportation, bien qu’un tel consentement ait déjà été contourné par le passé : la Pologne et la Slovaquie avaient transféré à l’Ukraine, en 2023, des avions MiG-29 hérités de l’ère soviétique sans l’accord de Moscou, ce qui avait poussé l’agence russe d’exportation d’armements à protester formellement, sans pour autant empêcher ces transferts.
Israël s’y est opposé publiquement. Le premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré à CNN en juillet que la vente de F-35 à la Turquie « détruirait l’équilibre des forces au Moyen-Orient », rattachant cette objection à l’obligation faite à Washington de préserver la supériorité militaire qualitative d’Israël.
Le Congrès, Israël et Moscou détenant chacun un levier distinct sur l’issue de ce dossier, la décision n’appartient plus à Ankara, Washington ou Abou Dabi seuls.


